anarchie pour l'évangile !

Anarchie+évangile, quelques jalons

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Préliminaire : Le plus “amusant”, façon de parler, c’est qu’on en est arrivé à trouver “curieux” d’associer anarchie et évangile – l’évangile est de part en part un appel à la fraternisation aimante et égalitaire, chaque être humain étant également “fils de Dieu” – et de trouver par contre “évidents” les dogmes, les clergés, les prêtres, etc., dont il n’y a nulle trace dans l’évangile…

C’est pourtant simple :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

1) Anarchie évangélique :

l’évangile est un plan de vie à la fois individuelle et pour la vie commune, qui ne supporte aucune forme de domination, ni aucune sorte de dominateur pour pouvoir éclore ou germer, comme vous préférez.

Il grandit même sans tuteur, ou apprend vite à s’en passer.

Il ne peut se réaliser sur Terre que par une poussée réelle à la fois multiple et une, totalement libre.

L’anarchie de son côté ne peut être réduite à « ni Dieu ni maître« , ne serait-ce que du fait de l’existence historique de l’anarchisme chrétien (voir plus avant), du fait surtout de son essence libertaire. En anarchie, il est interdit d’interdire, la foi y vit également de plein droit.

L’anarchie ne peut, sans se renier, rien exclure, sauf les chefs.

Son étymologie (selon Jacqueline Picoche, Le Robert) remonte au 14ème siècle (par dérivation « d’archives »), où le mot signifie « absence de chef« .

Il sera rarement utilisé jusqu’au 18ème, suivant curieusement en cela le mot « insurrection », dérivé de « roi »…

L’anarchie étant donc l’absence de tout chef, n’a aucune chance de se réaliser sans s’inspirer du plan de vie de l’évangile, le seul au monde qui Base son Intransigeance sur l’Amour Libérateur, dont nous avons tout à réapprendre ou à réinventer !

Une insurrection d’amour, c’est mettre l’amour libérateur – en nous et dans le monde  – à la place du chef

2) Anarchisme chrétien :

« … Les Chrétiens n’étaient plus une insulte permanente aux lois fondamentales, une minorité coupable, mais presque une majorité qui condescendait toutefois à se réunir à l’ancienne société, à en subir certaines conditions, à renoncer notamment à l’anarchie évangélique ; ils revendiquaient le titre de citoyen. De ce changement, il résultait que les Chrétiens n’étaient plus les ennemis de l’Empire, mais seulement les adversaires d’un paganisme déconsidéré. »

Dans Les Barbares (de 117 à 395 ap. J.-C.),

http://www.mediterranee-antique.info/


Cette synthèse a été réalisée essentiellement à partir de Wikipedia, qui est très critiquable, mais utile aussi comme piste, si l’on n’en fait pas… parole d’évangile !


L’anarchisme chrétien est l’équivalent social de l’anarchisme tel que couramment défini, mais avec des justifications spirituelles, et/ou couplées de spiritualité.

Il se base sur les enseignements de Jésus-Christ, pris tels quels et appliqués dans leur dimension critique vis-à-vis de l’organisation sociale et basés sur la liberté des êtres humains.

L’anarchisme chrétien se fonde, d’un point de vue social, sur la « révolution personnelle » par le changement de chaque individu et l’application des principes anarchistes (et chrétiens) dans le présent, et non dans l’attente d’un « Grand Soir ». D’un point de vue religieux, il se fonde sur une relation principalement directe et personnelle avec Dieu. Certains conçoivent aussi ceci comme la recherche de « l’Évangile intégral »; vécu spirituellement mais aussi socialement.

Léon Tolstoï s’est toujours réclamé de son héritage chrétien et a tardivement formalisé son anarchisme politique à travers l’expression d’une mystique de la liberté tout entière enracinée dans l’exemple christique. Le déni du bien-fondé de l’autorité et de toute forme de pouvoir visant à la limitation de la liberté personnelle fut dénoncée par Tolstoï dans de nombreux articles à tonalité résolument anarchiste et motivés par une foi réfléchie dans l’injonction christique du service de l’autre. Le paradigme social dérivé de ladite règle d’or est célébré par Léon Tolstoï comme celui d’un monde voué à l’épanouissement de tous dans le respect réciproque et l’exaltation personnelle.

Ses écrits présentant quelques similitudes avec le bouddhisme influenceront les anarchistes mystiques russes du début du xxe siècle. La conjonction de ces deux dimensions, mystique et anarchiste, dans maints écrits de Tolstoï, feront forte impression sur le jeune Gandhi. Ce dernier entrera en contact avec Tolstoï, une correspondance s’en ensuivra, et Gandhi se réclamera toute sa vie de la pensée de Tolstoï, dont il disait être un « disciple ».

Quelques paroles de Tolstoï

«Si un homme a beaucoup plus qu’il ne faut, c’est que d’autres manquent du nécessaire.»

«Le christianisme dans sa véritable signification détruit l’état.»

«L’argent ne représente qu’une nouvelle forme d’esclavage impersonnel à la place de l’ancien esclavage personnel.»

«Ce n’est pas la violence, mais le bien qui supprime le mal.»

«L’homme a la conscience d’être Dieu, et il a raison, puisque Dieu est en lui. Il a conscience d’être un cochon et il a également raison parce que le cochon est en lui. Mais il se trompe cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu.»

«Femmes, c’est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde.»

Ivan Illich relate dans des entretiens oraux une vision particulière de l’histoire. Pour lui, les institutions d’aujourd’hui qui se veulent universelles et établissent un monopole radical sont héritées ducatholicisme.

À propos notamment de l’école : « Chaque peuple eut ses danses de la pluie et ses rites d’initiations, mais jamais un rituel qui clamait sa validité universelle, une procédure se présentant elle-même comme destination inévitable pour tout le monde, dans tous les pays. » L’école est devenue selon Illich une religion universelle, et en tant que telle, témoigne de son héritage de la première institution qui déclarait ses services et ses ministères comme l’unique voie vers le salut : l’Église catholique romaine.

Pour Illich, selon l’adage corruptio optimi quae est pessima (« la corruption du meilleur devient le pire »), le monde moderne n’est ni l’accomplissement du christianisme ni sa négation, mais plutôt sa perversion.

Jacques Ellul. « Par conviction spirituelle, je ne suis pas seulement non violent mais je suis pour la non-puissance. Ce n’est sûrement pas une technique efficace. (…) Mais c’est ici qu’intervient pour moi la foi. (…) On ne peut pas créer une société juste avec des moyens injustes. On ne peut pas créer une société libre avec des moyens d’esclaves. C’est pour moi le centre de ma pensée. »

Auteur de La subversion du christianisme (Seuil, 1984. Réédition La Table Ronde, 2001) livre où Ellul explique comment l’ordre, la hiérarchie et la loi ont pu se substituer à l’amour, la fraternité et la liberté, autrement dit comment la révélation de Dieu s’est transformée en son contraire : une domination humaine.

Enfin le témoin d’Arès, Michel Potay, écrivait il y  a peu sur « l’alliance » : « On sait que lorsqu’on me laisse trois secondes pour répondre à la question: Qu’est qu’on appelle les Pèlerins d’Arès, je réponds: « Une anarchie de pénitents, » parce qu’il s’agit de pénitents au sens (très différent du sens religieux) que donne à ce mot La Révélation d’Arès: des hommes et femmes qui s’efforcent d’aimer, pardonner, faire la la paix, être libre de tous les préjugés y compris légalistes, et acquérir l’intelligence du coeur ou spirituelle.

Cette liberté vis à vis du légalisme et donc vis à vis des lois humaines qu’une haute conscience remplace avantageusement, est bien anarchique: « Tu ne seras le chef de personne » (16/1) et « Tu ne commanderas à personne » (36/19) et « [tu seras comme] le poulain libre du harnais que lui mettent les docteurs [ » (10/10)de la loi], dit La Révélation d’Arès.

Un monde heureux et anarchique est donc possible à partir d’un changement volontaire de l’individu en bien. »

– autre lien sur le sujet :

http://fra.anarchopedia.org/anarchisme_chrétien

http://pasmollir.com/L-anarchisme-chretien.html

Voir aussi sur ce site,

[ Repères ]: le Manifeste anarchiste chrétien de 1903

Written by O.S

23 décembre 2008 à 21:30

11 Réponses

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  1. Pétri des écrits de Tolstoï, Gandhi a rapidement intégré à son analyse une critique radicale de l’État.
    La nature de l’État, selon lui, est essentiellement violente et oppressive ; l’existence d’un État est incompatible avec les principes de vie non-violents :

    « L’État représente la violence sous une forme intensifiée et organisée. L’individu a une âme, mais l’État qui est une machine sans âme ne peut être soustrait à la violence puisque c’est à elle qu’il doit son existence. »

    C’est pourquoi il développa l’idée d’élaborer des actions de lutte et de désobéissance civile :

    « La véritable indépendance ne viendra pas de la prise du pouvoir par quelques-uns, mais du pouvoir que tous auront de s’opposer aux abus de l’autorité.»

    [extrait de la page :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohandas_Karamchand_Gandhi%5D

    laurent chaumette

    8 mars 2009 at 23:47

  2. Bravo pour ce site ! Je reviendrai vous lire !

    Pour ma part, je suis anarchiste-déiste (encore un autre variété 🙂
    Je crois en Dieu mais pas celui du Christ (dont j’admire par ailleurs la Parole), en dehors de tout culte ni prophète.

    Bonne journée. Allez dans la Paix Divine !

    goeland60

    9 août 2009 at 18:24

  3. Bonne journée ailes dépliées, cher Goeland !

    Laurent l'un

    10 août 2009 at 05:10

  4. Bonjour,
    Excellente démarche, merci pour ce rappel ; tout chrétien est un anarchiste qui s’ignore, tout anarchiste est un chrétien qui s’ignore ! (lire aussi « Anarchie et Christianisme » de J. Ellul)
    L’Amour est la clé d’une société plus juste donc forcément plus égalitaire (sans dominant, ni dominés)… et les clés de l’Amour sont dans la Bible judéo-chrétienne qui la première parle de cet amour universel !
    Je me permets de relever deux petites erreurs : quand on parle des institutions, il faut écrire Etat avec une majuscule sinon il s’agit de l’état dans lequel se trouve un objet ou une situation. L’adage auquel fait référence Illich est une citation de Cicéron qui dit « Corruptio optimorum pessima (est) » : la corruption des meilleurs est la pire des chose !
    C’est ce que jacques Ellul explique et démontre dans son livre la subversion du Christianisme et oui malheureusement le catholicisme a subverti le message chretien mais nous aurions tort de lui jeter la pierre. Se débarasser du catholicisme ne changerait pas grand chose à l’état du Monde qui s’est largement affranchi du papisme !
    Il manque un auteur essentiel à la compréhension de notre temps dans votre article : René Girard… j’invite ceux qui liront cette page à lire au moins « La Violence et le Sacré » puis « Le Bouc émissaire ».
    Un anarchiste fier d’être chrétien, un chrétien fier d’être anarchiste.

    Laurent FOURNIER

    5 juin 2010 at 23:17

  5. je rectifie ma signature pas seulement chrétien mais judéo-chrétien… notre histoire commence avec ce commandement incroyable « tu ne tueras point » ! Commandement que nous devons comprendre non pas au sens strict ou étroit mais au sens le plus large : une insulte est un meurtre psychologique selon moi !

    Laurent FOURNIER

    6 juin 2010 at 00:06

  6. Ok !
    Pour ma part je signerais :
    petit frère abrahamique.

    Mais quelle étiquette convient à celles et ceux qui dansent et prient comme le Vent ?

    Laurent

    6 juin 2010 at 05:25

  7. « celles et ceux qui dansent et prient comme le vent » sont sans doutes un peu chamanes?! bon article et à bientot!

    romuald

    29 septembre 2010 at 22:09

  8. Tombé sur ce blogue, par hasard, en cherchant autre chose, n’importe quoi, comme d’habitude, je suis tombé sur le cul.
    Je me dis anar individualiste depuis toujours, et vieillissant, je remets un peu tout en question.
    Ce que j’ai lu nécessite une longue interrogation, à laquelle je ne suis pas sûr de vouloir répondre, tant cela bouleverserait tout ce à quoi je m’accroche depuis si longtemps et qui m’est tout-à-fait personnel, puisque je n’ai jamais lu Stirner ou Kropotkine, ni aucun autre, à moins que l’on ne considère Rimbaud, Hugo, Appollinaire, Breton, Eluard, Artaud et le surréalisme en général comme autre chose qu’une révolte. Le mot « révolte » d’ailleurs est celui qui me sous-tend le mieux.
    J’ai vu des liens, des livres à trouver et surtout le nom d’un ami, curieusement.
    Après avoir lu, je reviendrai !
    Yves.

    Yves Brouckaert

    26 novembre 2010 at 14:32

  9. à bientôt alors…

    Laurent

    26 novembre 2010 at 14:57

  10. bonjour à tout-e-s, j’étais hier soir à une conférence de Paul VIRILIO, grand esprit et grand coeur que j’ai oublié dans ma liste … il m’a dit ce qui est révolu (tionnaire) ne m’intéresse pas, mais ce qui se révèle m’intéresse… je me sens révélationnaire ! Chapeau M. Virtilio, je fais mienne ce néologisme : je me me suis révélé un révélationnaire qui s’ignorait (comme dirait Simone, humour peu léger). Dernière publication de Paul VIRILIO, « le grand accélérateur ». Personnellement, je recommande « Cequi arrive » et « le Cybermonde »… bonnes lectures.
    Dansez-bien, volez-bien, et surtout indignez-vous et bonne révélation
    amicalement

    Laurent FOURNIER

    28 novembre 2010 at 16:01

  11. Merci de ces notes, révélons-nous donc.

    Laurent

    28 novembre 2010 at 16:47


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