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« J’ai pourtant rencontré des femmes formidables… »

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Femmes-courage de Tchétchénie

Voici une description très belle et simple, concrète. C’est encore une confirmation du rôle que jouent silencieusement le plus souvent mais fondamentalement les femmes pour nous maintenir au-dessus du pire.

Il ne s’agit pas de « sexisme » etc., vieux débats stériles, mais quel espoir me donne ces femmes aussi pour l’avenir de notre pauvre planète !


 » Après presque dix années de guerre et de terreur, de tortures, de disparitions, et avec l’implication grandissante des milices tchétchènes dans les exactions, les gens ont appris à se taire pour survivre.

(…)

Les femmes doivent rentrer dans le rang, se couvrir la tête dans les administrations et les universités ;  la polygamie est devenue un signe de richesse, alors qu’elle était quasi inexistante avant que Ramzan Kadirov ne donne l’exemple. Un décret gouvernemental vient heureusement d’interdire le mariage avant 18 ans, tant la situation des jeunes mères de 14 ou 15 ans devenait alarmante.

(…)

Les jeunes filles que j’ai rencontrées et qui étaient étudiantes en anglais, sont timides et rêveuses. Très belles, comme la majorité des Tchétchènes, elles semblent regarder l’avenir avec perplexité, et on sent qu’elles n’osent pas y croire. Quant à évoquer le passé, non, elles ne veulent pas se souvenir.

Des femmes qui résistent contre l’oubli

Les gens se méfient les uns des autres, les liens se sont rétrécis sur les solidarités familiales, mais ils sont déterminés à profiter de la sécurité retrouvée pour vivre, malgré tout. Incontestablement, la situation est « normalisée », selon le terme consacré. La Tchétchénie vit sous la dictature d’un leader peu aimé, mais à défaut d’espoir et de joie, le soulagement est sensible.

Mais c’est le règne de l’arbitraire, des privilèges, des compromissions, de la survie individuelle. Beaucoup paraissent ainsi accepter la situation, et tirer une fierté, toute Tchétchène, de cette reconstruction. Opportunisme ou résignation, c’est selon…

J’ai pourtant rencontré des femmes formidables, qui résistent comme elles peuvent contre cet effacement de la mémoire collective. La majorité des intellectuels tchétchènes, quand ils ne sont pas morts, se sont exilés. Certains ont fait allégeance au régime.

Ces femmes reprennent avec courage le flambeau et tentent de faire exister une société civile, un espace collectif de liberté et de dignité. Des psychologues animent avec passion des lieux d’accueil pour les femmes ou les enfants, des journalistes travaillent contre l’oubli, des militantes autrefois soutenues par la fondation Sakarov cherchent toujours à poursuivre leur combat pour la culture, des infirmières dans les villages sont toujours là pour leurs voisines, des commerçantes débrouillardes aident leurs familles élargies à survivre…

La paix avec les Russes peut-elle durer ?

Toutes sont profondément croyantes, mais elles ravivent la flamme d’un islam modéré qui caractérisait les musulmans tchétchènes d’autrefois, avant les dernières guerres. Beaucoup sont seules, car la guerre est passée par là, mais elles se battent :  pour leur culture, pour leur histoire, pour les droits de l’homme, et pour les laissés pour compte.

Qu’ils se soient accommodés de la situation présente, ou qu’ils taisent leur haine du régime, les gens semblent s’accorder sur un point, qui rend la reconstruction d’autant plus troublante :  personne ne semble penser que la paix avec les Russes puisse durer. Les Tchétchènes sont habités par l’histoire de leur peuple, par quelque chose qui se situe au-delà de la culture, des traditions et de la religion :  la conviction d’une destinée désespérée et violente forge leur identité, fatalisme et fierté sont étrangement mêlés.

L’ère de Kadirov est celle de l’impunité, de la mise au pas et des violences cachées, du silence et de l’effacement des traces de la guerre, et elle marquera sans doute une ou deux générations, mais la fin de l’histoire n’est pas écrite…

Frédérique Drogoul

Petit complément

Les femmes tchétchénes.
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Les femmes en Tchétchénie sont en premier lieu les gardiennes du foyer. Dans les temps anciens cette métaphore avait un sens direct : les femmes avaient pour mission de veiller à ce que le fourneau soit en permanence allumé pour pouvoir faire le repas.
Le mari n’intervient jamais dans les affaires ménagères c’est dans le domaine de l’épouse. Un Tchétchéne ne mettra jamais une femme en danger et il est inacceptable de manquer de respect à sa femme, l’humilier ou même la battre; seulemment si l’épouse est coupable de manquements ou si elle manque de respect envers les parents de son mari, il peut la bannir en prononçant à trois reprises : « Tu n’es plus ma femme ».

Le mariage est l’une des plus grandes fêtes célébrées par les Tchétchées; son rituel est pratiquement resté le même depuis des siècles. La fête dure trois jours et les soirées se terminent obligatirement par des danses.
La danse tchétchéne est pleine de tempérament et de grâce. Sur le plan de la plastique, les hommes sont audacieux et fiers, les femmes apparaissent humbles et magnifiques.

Written by O.S

23 mars 2009 à 11:31

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