anarchie pour l'évangile !

[Repères] “Le Meurtre du Christ”

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Le plus beau témoignage « athée » jamais écrit sur l’homme Jésus, le livre qui me l’a fait découvrir, comprendre et surtout ressentir.

Un livre poétique et philosophique, « simple, explicite et accessible à tous, ouvrage magnifique qui permet de comprendre la vie, l’amour et l’humanité dans la beauté et la vérité… » dit un autre commentateur…

 

 

Pour Wilhelm Reich, le Christ représente la personne la plus vivante que nous puissions imaginer, l’incarnation intégrale de la force de vie imprégnée d’amour, de courage et d’intuition morale. Plutôt qu’un être qui intervient miraculeusement de l’extérieur de ce monde, il est le participant le plus sensible et le plus totalement engagé dans le monde. « Le meurtre du Christ », reproduit en chaque être humain, est le déni de cette potentialité suprême en nous-mêmes. Telle est la ré-imagination, par Reich, de la signification de la vie et de la passion du Christ.

Extrait :

« Les sexologues de la seconde moitié du XXe siècle traiteront de la sexualité pervertie de l’homme comme si elle était une donnée naturelle. Les psychologues parleront de l’homosexualité comme d’un « troisième sexe ». Ils ne s’intéresseront qu’au phallus, aux capotes anglaises, aux techniques amoureuses des Hindous. Ils prodigueront aux ignorants et aux impuissants des conseils sur la manière d' »accomplir » (ce terme est à retenir) avec « succès » (terme également à retenir) l’acte sexuel. Ils enseigneront les « techniques de l’amour » (terme à retenir!), la manière de jouer avec les organes génitaux du partenaire, de s’exciter réciproquement, ils diront ce qu’il faut faire et ne pas faire, quelles positions adopter pendant l’étreinte sexuelle… Les politiciens n’hésiteront pas à s’emparer de l’occasion pour promettre aux « masses » la « liberté de l’amour »…

Ainsi la doctrine de la Vie jaillissante [l’évangile] aboutira au naufrage de l’humanité tout entière et de toutes ses institutions si elle est prise en charge par l’homme atteint de la PESTE ÉMOTIONNELLE. (…) Si l’on s’en réfère aux déformations du passé, les médecins et les philosophes lanceront une nouvelle vertu, l’idéal parfait de la « LIBERTÉ d’ÉMOTION » qui pèsera comme jamais sur les relations humaines…

Les vendus de la politique, les bavards de la libération des peuples, les libérateurs « mystiques » ne portent pas seuls la responsabilité de la misère humaine. On ne peut leur reprocher de colporter la « liberté », le « pain », la « démocratie », la « paix », la « volonté populaire » et tous les autres slogans de leur répertoire.

On peut par contre leur reprocher de persécuter TOUS CEUX qui se donnent la peine de DÉFINIR la liberté, de mettre le doigt sur les OBSTACLES se dressant sur le chemin de l’auto-gouvernement et de la paix… »

Le Meurtre du Christ, 1953

 

 

« Les hommes craignent la vérité parce qu’une seule étincelle de vérité formulée et vécue en fait éclore d’autres. »

 

 

Wilhelm Reich a écrit également un petit livre particulièrement émouvant et profond, où il s’adresse au « petit homme » que nous sommes tous, « grands hommes » compris :

 

Extrait :

« Ils t’appellent « petit homme », « homme moyen », « homme commun » ; ils annoncent qu’une ère nouvelle s’est levée, « l’ère de l’homme moyen ».

Cela, ce n’est pas toi qui le dis, petit homme ! Ce sont eux qui le disent, les vice-présidents des grandes nations, les leaders ouvriers ayant fait carrière, les fils repentis des bourgeois, les hommes d’Etat et les philosophes. Ils te donnent ton avenir mais ne se soucient pas de ton passé.

Tu es l’héritier d’un passé horrible. Ton héritage est un diamant incandescent entre tes mains. C’est moi qui te le dis !

Un médecin, un cordonnier, un technicien, un éducateur doit connaître ses faiblesses si il veut travailler et gagner sa vie. Depuis quelques années, tu as commencé à assumer le gouvernement de la terre. L’avenir de l’humanité dépend donc de tes pensées et de tes actes. Mais tes professeurs et tes maîtres ne te disent pas ce que tu penses et ce que tu es réellement ; personne n’ose formuler sur toi la seule critique qui te rendrait capable de prendre en main ta propre destinée. Tu n’es « libre » que dans un sens bien déterminé : libre de toute préparation à la maîtrise de ta propre vie, libre de toute auto-critique.

Jamais je n’ai entendu dans ta bouche cette plainte : « Vous prétendez faire de moi mon propre maître et le maître, mais vous ne me dites pas comment on peut se maîtriser, vous ne me révélez pas mes erreurs dans ma façon de faire, de penser et d’agir ! »

Tu t’en remets au puissant pour qu’il exerce son autorité sur le « petit homme ». mais tu ne dis rien. Tu confies aux puissants ou aux impuissants animés des pires intentions le pouvoir de parler en ton nom. Et trop tard tu t’aperçois qu’une fois de plus on t’a trompé.

Je te comprends. D’innombrables fois je t’ai vu nu, physiquement et psychiquement, sans masque, sans carte de membre d’un parti politique, sans ta « popularité ». Nu comme un nouveau-né, comme un feld-maréchal en caleçon. Tu t’es lamenté devant moi, tu as pleuré, tu m’as parlé de tes aspirations, de ton amour et de ton chagrin. Je te connais et te comprends. Je vais te dire comment tu es, petit homme, car je crois sérieusement en ton grand avenir. Il est à toi, sans doute ! Ainsi, ce qu’il faut en premier lieu, c’est te regarder toi-même. Regarde-toi comme tu es réellement. Ecoute ce que te disent tes führers et tes représentants :

« Tu es un petit homme moyen ! » Réfléchis bien au double sens de ces deux mots, « petit » et « moyen »…

Ne te sauve pas. Aie le courage de te regarder toi-même !

« De quel droit voulez-vous me donner une leçon ? » Je vois poindre cette question dans ton regard craintif. Je la voix sur ta bouche arrogante, petit homme ! Tu as peur de te regarder, tu as peur de la critique, petit homme, tout comme tu as peur de la puissance qu’on te promet. Tu n’as aucune envie d’apprendre comment utiliser cette puissance. Tu n’oses pas t’imaginer que tu pourrais un jour ressentir autrement ton Moi ; que tu puisses être libre et non plus comme un chien battu, franc et non plus tacticien ; que tu puisses aimer au grand jour et non plus clandestinement, à la faveur de la nuit. Tu te méprises toi-même, petit homme. Tu dis : « Qui suis-je pour avoir une opinion personnelle, pour décider de ma vie, pour déclarer que le monde m’appartient ? » Tu as raison : Qui es-tu pour être le maître de ta vie ? Je vais te dire qui tu es :

Tu te distingues par un seul trait des hommes réellement grands : le grand homme a été comme toi un petit homme, mais il a développé une qualité importante : il a appris à voir où se situait la faiblesse de sa pensée et de ses actions. Dans l’accomplissement d’une grande tâche il a appris à se rendre compte de la menace que sa petitesse faisait peser peser sur lui. Le grand homme sait quand et en quoi il est un petit homme. Le petit petit homme ignore qu’il est petit et il a peur d’en prendre conscience. Il dissimule sa petitesse et son étroitesse d’esprit derrière des rêves de force et de grandeur, derrière la force et la grandeur d’autres hommes. Il est fier des grands chefs de guerre, mais il n’est pas fier de lui. Il admire la pensée qu’il n’a pas conçue, au lieu d’admirer celle qu’il a conçue. Il croit d’autant plus aux choses qu’il ne les comprend pas, et il ne croit pas à la justesse des idées dont il saisit facilement le sens.

(…)

C’est parce que tu rejettes ta responsabilité que ta maison est construite sur du sable. Le plafond s’écroule, mais tu as ton « honneur de prolétaire » ou ton « honneur national ». Le plancher cède sous tes pieds, mais tu ne cesses de hurler : « Heil, vive le führer, vive l’honneur allemand, russe, juif ! » La tuyauterie éclate, ton enfant est sur le point de se noyer, mais tu continues à préconiser la manière forte en matière d’éducation. Ta femme est alitée, atteinte de pneumonie, mais toi, petit homme, tu rejettes comme une « invention juive » l’idée de construire ta maison sur du roc.

Tu arrives au galop et tu me demandes : « Cher grand docteur ! Que dois-je faire ? Ma maison s’écroule, le vent la traverse, mon enfant et ma femme sont malades, je suis malade. Que dois-je faire ? »

La réponse, la voici : il faut construire ta maison sur du rocher. Ce rocher, c’est ta propre nature que tu as tuée en toi, l’amour physique de ton enfant, le rêve d’amour de ta femme, le rêve de ta propre vie quand tu avais seize ans. Troque donc tes illusions contre quelques grains de vérité. Envoie au diable te politiciens et tes diplomates. Ne te soucie pas de ton voisin mais écoute la voix qui est au fond de toi-même. Au lieu d’assister à l’exécution de tes bourreaux et de tes pendus, fais promulguer une loi pour la sauvegarde de la vie humaine et des biens des hommes. Une telle loi serait une partie du rocher sur lequel tu pourrais construire ta maison. Protège l’amour de tes petits-enfants contre les attaques d’hommes et de femmes insatisfaits et lascifs. Poursuis en justice la vieille fille médisante ; mets-la au pilori ou envoie-la, à la place des jeunes garçons et des jeunes filles coupables d’aimer, dans un établissement d’éducation surveillée. Renonce à dépasser ton exploiteur dans l’art d’exploiter les gens si tu as la chance d’occuper une position de cadre. Jette ton habit de cérémonie et ton huit-reflets aux orties et étreins ta femme sans demander un certificat t’y autorisant. Va voir d’autres gens dans d’autres pays, car ils vivent comme toi, ils ont comme toi des qualités et des défauts. Laisse pousser ton enfant tel que la nature (ou « Dieu ») l’a fait ! N’essaie pas de faire mieux que la nature. Efforce-toi plutôt de la comprendre et de la protéger. Va à la bibliothèque plutôt qu’à un combat de boxe, visite des pays étrangers plutôt que Coney Island [Parc d’attractions près de New York – NdT]. Et surtout, RAISONNE D’UNE MANIERE CORRECTE, écoute ta voix intérieure qui te guide en douceur. Tu es le maître de ta vie. Ne fais confiance à personne, et moins encore aux leaders que tu as élus. SOIS TOI-MÊME ! Beaucoup de grands hommes t’ont donné ce conseil.

« Ecoutez-moi ce petit-bourgeois réactionnaire et individualiste ! Il ignore la marche inexorable de l’histoire. Il dit : « Connais-toi toi-même ! » Quelle sottise petite-bourgeoise ! Le prolétariat révolutionnaire du monde conduit par son Führer bien-aimé, le père des peuples, le maître de toutes les Russies, de tous les Slaves, libérera le peuple ! A bas les individualistes et les anarchistes ! »

Vive les Pères des peuples et des Slaves, petit homme ! Ecoute un peu, j’ai quelques pronostics sérieux à formuler :

Tu vas assumer le gouvernement du monde et cette idée te fait trembler de peur. Pendant des siècles, tu assassineras tes amis et tu porteras aux nues les Führer de tous les peuples, de tous les prolétaires et de tous les Russes. Des jours durant, des semaines durant, des années durant, tu salueras un maître après l’autre ; tu n’entendras pas le vagissement de tes bébés, tu ne te soucieras pas de la misère de tes adolescents, de la nostalgie de tes hommes et femmes, et si jamais tu entends leurs plaintes, tu les traiteras de bourgeois individualistes. Pendant des siècles, tu verseras du sang là où il faudrait protéger la vie, et tu t’imagineras que tu instaures la liberté en te faisant aider par tes bourreaux ; par conséquent, tu ne sortiras jamais de ce bourbier. Pendant des siècles, tu suivras le rodomont, tu seras sourd et aveugle quand LA VIE, quand TA VIE fera appel à toi. Car tu as peur de la vie, petit homme, très peur. Tu l’assassineras au nom du « socialisme », de l’Etat, de « l’honneur national » », de la « gloire de Dieu ». Mais il y a une chose que tu ne sauras pas, que tu ne voudras pas savoir : que tu es le propre artisan de ton malheur, que tu le produis tous les jours, que tu ne comprends pas tes enfants, que tu leur brises les reins avant même qu’ils aient la force de se tenir debout ; que tu voles l’amour ; que tu prends un chien pour être toi aussi le « maître » de quelqu’un. Ainsi, tu feras fausse route pendant des siècles, en attendant de mourir de misère sociale avec les masses, et cela jusqu’à ce que la première lueur de compréhension se fasse jour en toi-même. »

« Ecoute, petit homme ! », rédigé pendant l’été 1945.

 

 


 


 

 


 

(illustrations originales extraites de la version anglaise abrégée :  http://www.listenlittleman.com/)

 

 

 

Written by Observatoire situationniste

24 mars 2009 à 11:07

Publié dans Non classé

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7 Réponses

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  1. merci de nous offrir, en guise de repères, des textes si justes.
    laurent

    laurent

    16 avril 2009 at 15:36

  2. Bonjour ou bonsoir,
    merci de ces mots et des autres posts, auxquels je n’ai pas le temps de « répondre », mais je serai plus disponible dans peu de jours…

    franc parleur

    16 avril 2009 at 20:59

  3. en passant, j’ai appris que wilhem reich a été condamné aux états unis pour la location de ses appareils à orgones.
    Deux ans de prison.
    Pour la petite comme la grande histoire, apprenez chers lecteurs qu’il est mort en prison.
    Mourir en taule, sans voir le ciel, quelle horreur pour un homme qui semble tant avoir aimé l’homme
    Comme quoi vouloir libérer les consciences attire bien des ennuis.
    Question, qu’est ce que ça peut leur foutre aux autorités nucléaires du monde qu’un illuminé ou non existe vive soit écouté et loue ses appareils?
    De quoi l’état protège-t-il, dans ce cas,les citoyens sinon d’une pensée différente de la sienne.
    Pensée qui n’est, je le rappelle, que la mise en non forme du pouvoir politique et financier.
    Fort heureusement, tout cela est en train de s’écrouler.
    Sur nos têtes bien entendu mais enfin cela s’écroule et c’est tant mieux.
    Krashbousièrement votre
    laurent

    laurent

    19 avril 2009 at 21:13

  4. « Fort heureusement, tout cela est en train de s’écrouler.
    Sur nos têtes bien entendu mais enfin cela s’écroule et c’est tant mieux. » :

    « Si vous voyez quelque chose tomber en poussière, sachez que la Lumière est proche ! »
    dialogues avec l’ange (de mémoire)

    franc parleur

    19 avril 2009 at 21:17

  5. Tout simplement j’adore !!!!

    Je ne veux pas comparer mes idées ni ma compréhension de notre pensée, mais j’adère à 200 %. J’ai cette vision de la vie-> notre cappacité de créateur depuis toujours. Et oui, je sais comme il est difficile de réveiller les consciences… à mes dépands !! Mais le courrage me reprends quand je lis -> « tombe » sur des textes comme celui-ci, des personnes comme vous->nous et par les choses qui tombent et libèrent « les petits hommes » je me réjouis de la proximité de la lumière!!!!
    Merci à toi de mettre ces textes en lumière pour permettre d’éclairer d’aventage !!!!!!!

    Bien, liberté et ouverture à tous !!!

    Kissessss
    La B 😉

    sexy2bloved

    20 avril 2009 at 15:07

  6. Merci de tes mots toujours si joliment gentils et bien sincères.

    C’est un des buts poursuivis ici, que de ramener au jour quelques unes des richesses de nos frères et soeurs du passé ou du présent, lutteurs pacifiques mais intransigeants ; penseurs, poètes, philosophes, artistes, vagabonds, anarchistes, prophètes et viveurs qui nous tendent le meilleur d’eux-mêmes comme « témoin ».

    Anarchie évangélique est en quelque sorte un relais (parmi d’autres).
    (« Les courses de relais sont susceptibles de mobiliser les capacités de décision et d’adaptation des athlètes. Elles permettent de dresser un système de communication entre les différents acteurs. Chacun est amené à devenir responsable et solidaire. »)

    A part ça,
    « Ecoute petit homme » est un livre d’amour et de vérité, toujours aussi actuel, à mettre entre toutes les mains !

    franc parleur

    20 avril 2009 at 19:59

  7. […] [Repères] “Le Meurtre du Christ” […]


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