anarchie pour l'évangile !

L’école est une prison.

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L’apprentissage de la soumission


Entretien avec Catherine Baker :

 

                Pouvez-vous expliquer pourquoi, à vos yeux, l’école est un lieu d’aliénation ?

L’école est peut-être le maillon le plus fort de notre enchaînement dans la société à l’heure actuelle. C’est à l’école que les gens apprennent à obéir. C’est à l’école que les enfants apprennent qu’il y a le maître et l’inférieur. C’est l’école qui nous apprend une certaine vision de la démocratie. Par ailleurs, on nous explique que c’est là où on apprend la vie en collectivité. Je suis persuadée que la vie collective, de force, pour des petits, ne peut que les amener à perdre toute confiance en eux et en leur individualité. À l’heure actuelle, les discours officiels le disent, on n’a plus la prétention d’apprendre à lire et à écrire aux enfants. Ce qu’on veut, c’est juste les socialiser. Mais socialiser les enfants veut dire leur apprendre qu’il y a des chefs, qu’il y a des faibles… Dans les années soixante-dix, une partie de ces faits avait été soulevée à gauche, la droite ne se préoccupant pas du tout de cette question, à vrai dire. La gauche a eu son mot à dire dans la défense de l’école laïque, gratuite et obligatoire. Ce sont donc les gens de gauche qui ont été les plus heurtés par les deux livres que j’ai écrits sur le sujet.

               Vous ne vous contentez pas de dénoncer les abus ou les errances de l’école. Vous vous attaquez au fondement même de cet enseignement de masse des mineurs.

Je ne suis pas contre l’école, mais contre l’école obligatoire. Je rêve d’une école qui soit ouverte à tous et à toutes les classes d’âge. En effet, les classes d’âge aussi me font bondir. La plupart des gens qui n’ont pas mis leurs enfants à l’école ne disait pas « mon enfant n’ira pas à l’école » , mais « mon enfant ira à l’école, s’il veut y aller, quand il le voudra ». Car elle est aussi un lieu de l’oppression d’un adulte supposé savoir, sur celui qui ne sait pas. L’oppression du savoir est une des oppressions les plus ravageuses. On reproduit ainsi le schéma de la domination sociale. Des personnes comme Bourdieu avaient fait ce travail et cette constatation bien avant moi. La promotion sociale n’existe absolument plus aujourd’hui, bien qu’on nous dise sans arrêt le contraire.

En général, on considère l’enfant comme un être inférieur, en formation. L’adulte est supérieur à l’enfant, c’est évident pour tout le monde : cette supériorité est soi-disant naturelle. Pour l’opinion, les enfants n’existent pas en tant que tels. Ils n’existent pas dans le présent, ce sont des êtres futurs. « Un jour » ils seront mais, pour l’instant, ils ne sont pas. Cela m’a toujours heurtée. Un enfant, c’est toujours un « plus tard » : « Plus tard, tu comprendras », « Plus tard, tu feras ce que tu veux », « Plus tard, tu seras libre », etc. Quand on est enfant, on n’est pas seulement vu comme une pâte malléable, mais aussi comme un sous-individu. L’enfant est un projet, un projet de ses parents, de son entourage, de la société. C’est un individu qui subit énormément de pressions. Les enfants ne sont pas reconnus pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils seront. Selon que l’on a besoin de cadres dans tel domaine, de techniciens dans tel autre, on va orienter les enfants vers ces filières.

L’oppression que subissent les enfants est invisibilisée car on la décrit comme naturelle, comme vous l’avez rappelé. « Naturelle », de la même manière qu’on a pu décrire comme « naturelle » l’oppression exercée sur les esclaves, sur les ouvriers, etc. Bien sûr, tout comme l’oppression des femmes, le pouvoir exercé sur les enfants est donné comme naturel. Ce sont des êtres faibles, ignorants, que l’on doit éduquer. Ils sont donc considérés comme inférieurs par rapport aux adultes.

Il y a des sociétés où l’institution scolaire est moins forte et féroce que la nôtre, on sait donc bien que cette oppression supposée naturelle ne l’est pas tant que cela. Prenons l’exemple de nombreux pays où les enfants de cinq ou six ans ont une autonomie totale et un rôle social dans la société. Ainsi, au Sahara, il m’est arrivé d’avoir été prise en stop par une voiture conduite par un enfant de sept ans. On peut comparer les enfants à des esclaves, à la différence qu’ils sont entourés par l’idée de protection. Dans notre société, on est censé protéger les « faibles ». L’enfant étant faible, il a besoin d’une protection. Je ne pense pas qu’on dise cela d’un ouvrier ou d’un esclave. Par contre, les femmes sont également vues comme faibles, comme des personnes à protéger. Cette notion de protection est très intéressante. Il est entendu qu’un enfant de deux mois ne va pas vous dire : « Donne moi une couverture de plus car, cette nuit, il va faire froid ». Il faut penser pour le bébé qu’il aura besoin d’une couverture ou qu’il risque de se blesser avec du charbon rouge. Mais la grande distinction est qu’il faut le faire, non pas parce que c’est un inférieur, mais parce qu’il ne sait pas encore. J’ai reçu récemment des amis d’Angleterre, et au moment de traverser, je leur ai signalé le sens de la circulation, parce que cela ne leur vient pas immédiatement à l’esprit. Avec un enfant, on doit l’avertir des dangers de la même manière qu’avec un ami. Cela va de soi d’être prévenant avec des gens que l’on aime. Ce n’est pas de la protection dont il faut user, mais de l’aide. Le savoir est une très grande oppression, peut-être la plus grande. Quand on dit que les enfants sont insouciants, en fait, on dit qu’ils ne savent pas. Mais les enfants sont très souvent soucieux et malheureux, ils vivent les choses très profondément.

               Dans « Insoumission à l’école obligatoire », vous abordez aussi la question de l’appartenance. Est-ce que les enfants appartiennent à quelqu’un ?

Dans nos sociétés, les enfants appartiennent à leurs parents. Mais j’ai connu énormément de personnes, dans les années soixante-dix, qui rêvaient d’aller vivre dans des kibboutz, où les enfants n’appartenaient plus à leurs parents mais au groupe. J’ai également connu des tentatives libertaires de vie en communauté où il y avait quand même cette idée que nos enfants ne nous appartiennent pas, mais en plus atténué que dans les kibboutz, c’étaient plutôt des expériences de partage des tâches éducatives et des responsabilités. De grandes réflexions sont nées de ces expériences. L’idée d’appartenance n’est pas simple du tout. L’idéal, c’est que l’enfant puisse choisir les personnes avec qui il veut vivre. Ce n’est pas forcément avec ses parents. À la vue des conditions de vie qui sont les nôtres dans cette société patriarcale et capitaliste, on ne peut pas demander aux enfants comment ils veulent vivre. Mais les personnes qui ont vécu dans des communautés dans les années soixante-dix, comme c’est mon cas, en gardent de très beaux souvenirs de partage, de solidarité, d’échange éducatif. On parvenait à faire entièrement confiance aux enfants.

                Selon vous, peut on éduquer sans enfermer et sans conditionner ?

Il ne faut pas jouer sur les mots. Éduquer signifie conduire étymologiquement. Peut-on conduire un enfant où il le désire ? Peut-on vivre avec un enfant sans exercer une pression sur lui ? Il y a hélas des évidences. Si on vit avec un enfant, on lui transmet notre langue, un certain type de vocabulaire, même notre niveau de langue. Mais on peut élever son enfant vers l’avenir et vers ce qu’il veut. L’éducation telle qu’on la conçoit dans notre société passe aussi par la punition et la récompense, qui permettent d’opérer une pression sur l’enfant pour le manipuler.

                L’éducation sans punition fait partie des choses que vous réclamez. Comment est-elle possible ?

Quand je disais, par exemple, qu’on peut espérer conduire un enfant où il veut, on peut comparer cela à l’idée que, si je fais un voyage au Japon, j’espère qu’on va m’éduquer, c’est-à-dire qu’on va m’initier à des choses qui m’intéressent. Mais si l’on entend « éducation » dans le sens de « dressage », alors là, bien entendu, l’éducation devient inacceptable. Le mot « éducation » lui-même est donc perverti, car on peut lui faire dire des choses opposées. L’idée de punition, qu’il s’agisse d’enfants ou de criminels, est évidemment une abjection. Mon dernier livre, Pourquoi faudrait-il punir ?, traite du droit pénal. Je ne vois pas pourquoi on punirait qui que soit, et pas plus un criminel que quelqu’un d’autre, tout simplement parce que ça ne sert à rien : ça ne peut aider ni la victime, ni le criminel, ni la société. J’ai étudié tous les arguments qu’on m’a avancés et je ne vois pas leur utilité. Pire, je vois à quel point cela nous use : nous sommes pourris par cette société de vengeance, qui veut, entre autres, punir l’individu malfaisant. à une malfaisance, au sens le plus large du terme, on en ajoute une autre : il a fait du mal, donc on lui fait du mal ! S’il s’agit d’un individu normalement constitué, lui aussi voudra ensuite faire du mal à celui qui lui a fait du mal. Ça peut durer longtemps et ça fait effectivement des millénaires que ça dure. Malheureusement, je ne pense pas que cela puisse s’arrêter d’un coup. En revanche, on a vu des systèmes s’écrouler ! Il y a des systèmes religieux, des civilisations, par exemple, qui se sont effondrés, et je pense que le droit pénal peut s’effondrer…

                On peut poursuivre cette réflexion très intéressante sur la punition, en faisant un parallèle entre l’école et la prison.

L’école est fondée sur la punition, mais on pourrait concevoir une école sans punition ni récompense. Cependant, dans la mesure où nous sommes traditionnellement dans une culture du dressage, et non du partage des connaissances, on s’est mis en tête qu’on ne pouvait rien apprendre aux enfants sans punition. Encore une fois, je pense qu’on pourrait imaginer des écoles non obligatoires qui seraient ouvertes, un peu partout, fonctionnant sans punition. Le caractère obligatoire de l’école participe activement à entretenir la punition comme principe éducatif : les enfants sont obligés de se soumettre, étant donné qu’ils sont obligés d’aller à l’école. Ils ne peuvent pas, par exemple, changer de classe s’ils préfèrent suivre les cours de tel enseignant… À l’intérieur de l’école, les adultes peuvent pratiquement tout se permettre, car les enfants n’ont pas d’autre choix que de continuer à y venir. Je ne blâme pas les enseignants, je n’ai rien contre eux. Certains subissent même des punitions s’ils ne respectent pas le règlement de l’école, avec le système de l’inspection. Par contre, je suis en colère contre un certain nombre de syndicats d’enseignants qui ne cherchent pas à modifier cet état de fait. Pour en revenir à la punition, elle peut prendre plusieurs formes. Celle qui est la moins remise en question est celle qui consiste à dire à un enfant : « Écoute, tu ne veux pas venir en cours : libre à toi, on ne va pas te crier dessus mais, par contre, tu ne passeras pas en classe supérieure, tu n’auras pas ton diplôme ». C’est quand même une des plus grandes punitions et une revanche du corps social sur l’enfance. L’application de la loi et des règles est la même à l’école et en prison. La loi est la même pour tous avant d’entrer à l’école et de pénétrer en prison. On ne demande pas à un détenu incarcéré de respecter la loi française, mais le règlement, c’est la même chose à l’école. Tout lieu d’enfermement obligatoire fonctionne sur ce principe. Que ce soit à l’école, en prison ou dans tous les lieux d’enfermement, on ne peut pas faire de cas particulier pour les individus. Ce qui veut dire qu’on ne vous considère plus comme des personnes, mais comme une masse, et une masse à surveiller. L’école est devenu un foyer de surveillance des enfants qui les laisse rentrer chez eux le soir. S’ils sortent de la norme, ils vont en pensionnat et ne rentrent chez eux que le week-end. S’ils ont un comportement qui sort encore davantage de la norme, ils se retrouvent en foyer d’éducation surveillé, dont ils ne peuvent pas sortir du tout. L’école est un lieu d’enfermement.


 

 

 

En complément :

 INSOUMISSION À L’ÉCOLE OBLIGATOIRE

Extrait du Chapitre 4 : CONTRE LA TROUILLE 


En réalité, Marie, avant de concevoir toutes les bonnes raisons qu’on a de ne pas mettre les enfants à l’école, j’ai agi spontanément, comme d’instinct, pour t’éviter de vivre toute ton enfance dans la peur.  
À l’école, on a peur.  
Comme à l’armée, à l’hôpital, au tribunal. Peur des malheurs et douleurs qui peuvent arriver. Bien sûr, on peut être plus ou moins brave et surtout plus ou moins menacé.  
À la mère dont le petiot hurle au premier jour de la maternelle, on dit: «Il va s’habituer.» C’est effectivement ce qui se passe. On s’habitue. La plupart oublient même qu’ils ont eu peur, qu’ils s’y sont accoutumés. Le pli est pris. Ils ont peur toute leur vie, ne savent plus de quoi. C’est là que réside l’atrocité de la souffrance obscure.  
Certainement, avant l’école, existe déjà l’oppression du monde. L’enfant, faible, se heurte à la violence de l’adulte et de ce que permet l’adulte. Il fait l’expérience, avant d’en avoir conscience, du manque absolu de liberté et de tous les manques qui en découlent. D’où, d’ailleurs, son évidente supériorité sur nous: il désire la liberté. Pour l’enfant, la liberté s’identifie au futur. En cela, il est tout à fait juste d’assurer que l’enfant est un être de désir. «Je ne peux pas, je pourrai», dit-il, et nul ne semble s’apercevoir que se trouve concentrée là toute l’énergie de l’espérance qu’épouse la volonté.  
La dépendance où il se trouve peut – c’est mon acte de foi  se vivre dans une inquiétude qui ne soit pas une panique. Je savais que je ne pouvais empêcher la peur de t’atteindre ni de te meurtrir, mais j’ai essayé d’éviter ce qu’il était en mon pouvoir d’écarter de ton enfance: la sombre cochonnerie de l’institutionnalisation des rapports de peur entre adultes et enfants. Car cela n’était en rien nécessaire.  
Il n’entrait pas dans mes vues de faire de toi un bouddha, le prince protégé de tout mal par ses parents; jamais je ne t’ai caché ta souffrance ni celle des autres, ni la mort, ni l’agressivité des hommes, ni nos faiblesses. Mais pourquoi aurais-je permis que tu vives la peur pour la peur, pour le pur apprentissage de la peur coutumière ?  
Et qu’avons-nous à faire des poncifs délétères selon lesquels «il faudra bien qu’un jour ou l’autre, elle y passe» ? Entends qu’elle (toi) passe au laminage de la terreur. «Le cynisme est la seule force dans laquelle les âmes vulgaires touchent à la probité» (Nietzsche). Si bien qu’on me répète indéfiniment: «C’est comme ça!» avec un défi aigre et méchamment triomphal dans la voix. 
Eh bien non. Les choses ne sont pas comme ça. D’abord parce que, de mon côté, je peux changer ce qui ne me convient pas (et il est assez intéressant de noter qu’une phrase aussi lumineuse puisse apparaître, par les temps qui courent, comme celle d’une illuminée), ensuite parce que les choses qu’il n’est pas en mon pouvoir ou en mon seul pouvoir de changer, je puis toujours les refuser et ne pas pactiser avec les résignés et accepteurs (mais là encore la sagesse des nations considère comme une folie de refuser l’inéluctable; ne sachant plus dire non, on méconnaît le sens vrai du oui; incapable d’acquiscer, on accepte). 

Catherine, une de nos amies, professeur d’anglais, nous avait dit un soir: «Les récréations.,. On dirait des truies qui hurlent.» L’expression était si adéquate que j’ai, en un instant, été envahie par le souvenir de ces cours de récréation, de ce bruit si particulier, jamais entendu nulle part ailleurs, d’enfants hurlant. Et l’atmosphère des veilles de vacances, cette espèce de sauvagerie qui s’emparait des gamines … Une fois de loin en loin, il arrivait que l’une craignît l’ennui de l’été mais pas l’ensemble, oh non! pas l’ensemble … Bonnes ou mauvaises élèves, nous attendions l’été avec une immense convoitise.

La veille des vacances, des farandoles barbares se déroulaient d’où je me tenais lâchement à distance: «Vive les vacances! À bas les pénitences! Les cahiers au feu! La maîtresse au milieu!» Je n’osais pas chanter ça. Sans doute, terriblement lèche-cul, craignais-je de trahir l’institutrice que j’aimais, que tout me forçait à aimer. (Mais elle était gaie ce jour-là – pour elle aussi c’étaient les vacances – et j’aurais pu lui lancer un clin d’œil en passant …) Il y avait quelque chose de bien plus sérieux dans ma réserve. J’ai toujours eu une implacable épouvante du feu, or, je prenais la chansonnette au mot, très littéralement, et je ne pouvais «quand même pas» souhaiter à la maîtresse une mort si horrible. Dans la petite horde, toutes n’avaient pas la même conscience de ce qui se disait là, mais toutes n’étaient pas simplettes non plus et je sentais bien que la farandole enragée exprimait une haine réelle.  
J’avais très peur.  
Nous étions «heureuses» pourtant. Je me souviens de chacune de mes institutrices, Mlle Obez, Mme Lasser, Mme Lemaire, Mlle Boidin, de braves femmes, très compétentes de surcroît. C’était une bonne école que l’école Sophie-Germain et la directrice, Mlle Goffaert, avait su créer un climat «détendu». La vie se déroulait sans grand drame. Les maîtresses, plus ou moins sévères, élevaient peu la voix. Parfois, l’une ou l’autre riait, pendant la récréation. Ça nous faisait plaisir. Il y avait d’autres écoles, non loin, où les institutrices avaient l’air méchant ou vulgaire. Pas chez nous, on avait de la chance. Certes elles étaient distantes et cela me serrait le cœur, mais on pouvait toujours poser des questions sur ce qu’on n’avait pas compris, elles répondaient sans s’énerver. Oui, de bonnes maîtresses …  
Je n’ai pas de reproches à leur faire. Elles m’ont bien aimée (j’ai tout fait pour ça!). Et je le dis le cœur fendu.  
Les enfants n’aiment pas l’école. Ceux qui disent l’aimer, comme je le faisais, vivent souvent dans un système de séduction dont ils ont bien plus de mal à se débarrasser que ceux dont on a brisé la révolte par la répression.  
J’«aimais» l’école parce que ça faisait plaisir à Maman. Et que, partant, les institutrices puis les professeurs me savaient gré d’être attentive, disciplinée, obéissante.  
Me faire aimer d’elles, c’était surtout échapper à l’enfer d’humiliations où vivaient les «mauvaises» (on disait les «bonnes» et les «mauvaise », c’était toute une conception morale de la réussite scolaire). Il me semblait que jamais je n’aurais pu supporter les constantes réprimandes, les cris, voire les claques, les mains sur la tête, les tours de cour, le coin, la convocation des parents. Maintenant, Marie, j’ai très peur de ma peur ancienne. Quelle dignité pourrais-je attendre de moi si je me trouvais un jour en situation d’être ainsi humiliée ou punie et que «je ne puisse le supporter» ? Si je rampais à six ou douze ans, sans doute ramperais-je encore maintenant et demain.  
Mais le pire, c’est que je voyais assez clairement la part de ma poltronnerie et que pour rien au monde je n’aurais voulu être «une chouchoute» ; tu imagines dans quelle situation compliquée je me mettais alors, mais je t’assure que je n’étais pas la seule enfant à m’angoisser dans d’inextricables fils. Les deux premières années, «bavarder» était le crime par excellence. Au cours préparatoire, avant toute chose, on nous apprenait à nous taire et, plusieurs fois par jour, nous devions rester assises les bras croisés, le doigt sur la bouche (je l’ai encore vu faire en 1980 dans une école du XIIe arrondissement). Si bien que lorsque mes petites voisines me parlaient, je ne leur répondais pas! Tu vois, un peu …  
J’avais beau avoir six ou sept ans, je savais pertinemment que c’était d’une goujaterie grotesque. Alors je rattrapais ma réputation avec une drôle de perversité destinée à culpabiliser la maîtresse et à montrer à mes compagnes que j’étais, malgré tout, de leur côté. Chaque fois que la maîtresse en colère demandait: «Qui a parlé?» ou : «Qui a ri?», moi, l’innocente, je levais le doigt. Elle hésitait à me punir et ne le faisait qu’avec un air de s’excuser dont je jouissais fort. Consciente que cette supercherie pouvait aussi bien m’attirer la rancœur de mes condisciples, je m’évertuais par ailleurs à mériter une auréole de bonne petite camarade; je recopiais les cours des malades, jouais les avocates pour les tabliers tachés et les lacets perdus. Puis je rentrais chez nous et persécutais ma petite sœur.  
Vers huit ou neuf ans, j’étais moins névrosée. Ou, peut être bien, plus inconsciente des déchirements auxquels m’exposait la peur d’être rejetée par les institutrices d’une part, les élèves de l’autre. Bref, j’étais devenue normale, je souriais beaucoup, je faisais bien mes devoirs et au besoin ceux des autres. Une enfant gaie, serviable et sans problèmes…  
À tous les niveaux, l’école encourage la lâcheté. Et ce n’est d’ailleurs la faute de personne. C’est la situation scolaire elle même qui crée une mentalité d’enrégimenté. Prends par exemple mes «bonnes maîtresses». Elles ne manquaient pas de nous dire qu’il fallait les interrompre chaque fois que nous perdions le fil. Comme si ç’avait été simple! Lever le doigt pour faire remarquer à toute la classe qu’on est un peu dur de la comprenette, ça demande déjà du courage.

Avouer qu’on est perdu, on peut le faire une fois, deux fois … Trois, ça devient délicat et quatre, sérieusement embêtant. Pendant qu’on fait répéter, les élèves qui ont compris perdent leur temps. Si bien que c’est le tour classique: seuls les bons peuvent se permettre, ce qui demeure, qu’on le veuille ou non, à la limite de l’impolitesse. Tout le reste à l’avenant, on fait semblant de comprendre, on triche, on falsifie ses notes. Que tout ça est infect …  
Ce dernier mot m’évoque autre chose. C’était au lycée. Je transpirais beaucoup («maladivement», disait-on), c’était une sueur froide, aigre, la sueur très particulière de la peur. Après le lycée, je n’ai plus jamais connu cette sueur-là que dans des cas de panique extrême. Mais je ne savais pas alors que si grande était mon angoisse. On avait décrété une fois pour toutes que j’étais trop timide à l’oral. Quelques adultes «comprenaient» : eux aussi, dans leur enfance, «perdaient leurs moyens» quand il fallait monter sur l’estrade, ils s’en souvenaient. Mais qu’est ce que leur compassion changeait pour moi? J’étais d’un «tempérament» nerveux. Voilà tout… Lors des compositions, on me donnait du valium. Je ne représentais pas le seul cas d’espèce et la pratique des tranquillisants, que je sache, n’est pas tombée en désuétude. Tant s’en faut.  
L’enfant timide ou sensible est supplicié dans ce groupe de petits et de grands aussi énervés les uns que les autres. Mais craintifs ou pas, tous sont confrontés à des dizaines d’épreuves quotidiennes.  
«Monsieur, je peux faire pipi?  
– Attends la récréation.» 
Cinq minutes plus tard :  
«Monsieur, je tiens plus.  
– Ça t’apprendra.»  
Presque toute la classe rit. Le maître, magnanime, prend un air sévère :  
«Bon, tu sors. Mais c’est la dernière fois. Et en rentrant, tu me récites la table de sept. Dépêche-toi.»  
L’instituteur n’a pas conscience que cinq ou six paires d’yeux dans la classe le regardent avec une sorte d’horreur. Ils savent ce que c’est que l’envie de faire pipi et ils comprennent, de la vessie à la tête par tous les frissons, qu’ils dépendent d’un maître, qu’ils sont comme des chiens) des chiens à qui on fait apprendre la table de sept. Ils sont avec un maître-chien qui les dresse. La «dignité humaine» ? Heureusement, ils ne connaissent pas ces mots-là, mais ils pénètrent profondément bien la cruauté qu’il y a dans l’air.  
Cette institutrice milite pour Amnesty, Elle est de gauche, gentille avec les élèves. Une gamine s’approche: «Maîtresse, Virginie m’a tiré les cheveux!  
– Ce n’est pas beau de rapporter. Va jouer ailleurs.» Sarah, penaude, se réfugie dans un coin où Virginie revient la persécuter. Des garçons s’en mêlent. Bagarre. Cris. Mais les instits sont modernes: il ne faut pas intervenir. Leurs bagarres, ça les regarde.  
Amnesty … Amnesty … ?  
Si quelqu’un, adulte ou enfant, te tirait les cheveux, te faisait boire la tasse, t’attaquait d’une manière ou d’une autre, j’espère bien que je viendrais à ton secours, je le ferais pour tous ceux que j’aime et j’attends de toi la même aide et protection. D’où ça vient cette idée ahurissante qu’il faut laisser les mômes se battre entre eux? Il n’y a pas de mômes. Ça n’existe pas les mômes. C’est une vision de l’esprit (quand il n’est pas tout à fait clair). Dans une bagarre, j’interviens si on appelle à l’aide et si j’en ai le courage. Et l’âge n’a rien à voir dans cette histoire. Je reste à l’écart si on ne crie pas ou si j’ai trop peur. Mais je n’irai pas déguiser ma peur en «respect de l’enfant» alors que, constamment, l’enfant est outragé.  
La plupart des gens ont oublié leur enfance. Sinon, jamais ils ne pourraient se conduire envers les mômes avec un sadisme aussi bête. Tous ceux qui devinent le cruel décalage entre l’adulte et l’enfant aiment ce merveilleux petit livre de Janusz  Korczak : Quand je redeviendrai petit. C’est un chef-d’œuvre de justesse et j’ai souvent le cœur serré quand je le reprends. On a tant de mal à se remettre dans la peau de l’enfant qui dépend complètement des grands. Attendre … Attendre le bon plaisir du prince … Quoi qu’on veuille se procurer, il faut demander, toujours réclamer, faire des minauderies, promettre d’être sage, de ne pas abuser. Et toujours s’exposer au refus. Quémander vous rend avide.

Pas étonnant qu’il y ait des timbrés pour tirer sur celui qui touche à leur voiture.  
La mendicité obligée de l’enfance est aussi à l’origine de la peur; c’est l’insécurité absolue, la pauvreté absolue et la menace odieuse contenue dans toute dépendance. L’enfant ne sait rien de demain. Quoi de plus angoissant que de s’entendre répondre : «Tu verras bien!» ? J’ai vu des adultes faire des crises de nerfs pour moins que ça. Car il est vrai qu’on a le droit le plus entier de savoir.  
L’enfant vit en famille dans une menace vague qu’il peut d’autant moins circonscrire qu’elle se noie dans l’affection. À l’école, les sources les plus profondes de l’insécurité permanente, la peur de faire de la peine à ses parents, celle d’être séparé de ses amis, celle, bien enfouie, de jouer là tout son avenir, celle de devoir se reconnaître stupide, etc., ne se prêtent pas aux conversations entre mômes. Par contre, on évoque sans fin la partie visible de l’iceberg: la punition. C’est un sujet intarissable. 

Dans notre société, qui punit-on? Les «malfaiteurs» et les enfants. Uniquement.

Et puis tout le monde trouve ça naturel !  

La trouille de l’enfant scolarisé, c’est qu’il se sait dans la nasse. Il entre dans un lieu disciplinaire. S’il a dix mille formes possibles, un lieu disciplinaire est essentiellement un lieu de surveillance, donc de punition. Si un jour l’école t’intéresse, tu trouveras dans le livre déjà signalé de Michel Foucault sur la prison, Surveiller et punir, des réflexions parfaitement appropriées à l’institution scolaire sur le «principe de visibilité obligatoire» : «C’est le fait d’être vu sans cesse, de pouvoir toujours être vu, qui maintient dans son assujettissement l’individu disciplinaire.»  

Le pouvoir peut braquer le projecteur sur n’importe quel enfant, à n’importe quel moment; «Que faites-vous?» Comment être assez détendu pour dire tranquillement: «Ça ne vous regarde pas», ce qui est forcément la seule réponse correcte si l’on veut garder son intégrité dans le réseau où sont intriquées toutes les surveillances qui s’excercent sur vous? Les surveillants eux-mêmes sont surveillés, les professeurs aussi, le directeur aussi. Il faut surveiller. Il faut se surveiller les uns les autres.

Il faut se surveiller soi-même. Tout le monde vit dans l’appréhension de la punition et se défoule sur l’élève. Je n’évoquerai même pas les «fessées déculottées» qui sont loin d’avoir disparu (n’est-ce pas Geneviève ?), mais toute punition se veut humiliante et n’importe quel adulte, comme tout enfant, mourrait de honte si on le fessait cul nu devant trente collègues, n’importe quel adulte rougirait ou pâlirait si on lui faisait remarquer devant ses voisins qu’il ne sait pas grand-chose et n’importe quel adulte aurait envie de tuer si on lui ordonnait de lire à voix haute en public la lettre qu’il écrit à son amante ou amant pendant ses heures de bureau.  

Si quelqu’un ose me soutenir que cela ne se fait plus, je le ridiculiserai en lui donnant toutes les preuves qu’il voudra.  

Encore me gardé-je absolument de dénoncer des cas de brutalité ou de cruauté mentale qui me semblent cas d’exception; je ne parle que de l’école quotidienne, celle des vingt dernières années de ce millénaire, l’école d’aujourd’hui.  
Et je t’aurais envoyée dans cette galère? !  

Je ne t’ai jamais punie. Ce qui ne m’a pas empêchée de piquer quelques colères et j’éprouverais sans doute aussi de la colère si je me faisais agresser par un quidam. Mais te punir? Punir un agresseur (ou charger la «Justice» de faire ce sale boulot)? Quelle absurdité! Au nom de quoi? Mais surtout qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire? Pour intimider? C’est-à-dire, au sens littéral, pour faire peur? Comment ne vit-on pas alors dans la crainte de récolter la violence qu’on aurait semée? Toute punition n’est qu’une vengeance, une très basse vengeance.  

Dans certains foyers, à l’école, au tribunal, on ne se préoccupe pas des conséquences de la haine qu’on accumule. On punit pour montrer qui est le plus fort. La loi, c’est la force. Rompez !  
Strictement rien de rationnel là-dedans ; et comme ce prof de philo viré de l’Éducation nationale, dont j’ai déjà parlé, qu’on avait accusé de «critiquer toute punition», je dirai qu’ «en effet, elle est inexcusable quels qu’en soient les motifs».  

Il y a aussi les adultes qui ne punissent pas mais qui menacent sans cesse : «Encore un peu et tu vas voir.» Tu vas voir quoi? On m’aurait fait ce coup-là que certainement j’aurais voulu mesurer la distance de la menace à son exécution.

La menace est toujours en soi une forme de répression; elle perturbe, elle énerve.  

En classe, la moindre interrogation est chargée d’un tas de sous-entendus. «Vous avez fait seule cette dissertation?» peut être l’expression d’une admiration mais plus vraisemblablement d’une suspicion, d’un sarcasme. « Dites-moi, mon petit, vous me semblez bien ailleurs en ce moment! » Est-ce que le ton était amical ou acerbe? Et le gamin va s’interroger là-dessus la journée entière. Tout compte dans l’évaluation que ces gens qui ne vous connaissent pas font de vous. À l’école, le danger est présent en tout adulte; du concierge au directeur, tous sont payés pour faire les flics. Même le parent le moins gendarme est embrigadé dans des histoires de contrôle et de signatures.  

Si un régime autoritaire décrétait que désormais nos activités devaient être déposées par écrit et contresignées par le mari ou la voisine ou la préfecture, quelques-uns hurleraient au fascisme, mais que les enfants doivent montrer à leurs parents leur «carnet de notes» ne gêne personne. Si tu décidais d’aller au lycée, jamais, au grand jamais, je n’accepterais d’apposer ma signature au bas d’un rapport de cette espèce, un mouchard en réalité. Tu pourrais toujours me le montrer si tu voulais (on se demande bien pourquoi). Me mettrait-on à l’amende?  

Je repense à la tête catastrophée de Blanche: «C’est incroyable! On a un gros problème avec Loïc; son professeur s’est rendu compte qu’il avait falsifié ma signature! Tu te rends compte? Jamais je ne l’ai grondé pour une mauvaise note! Jamais! Qu’est-ce qui a pu lui prendre? Et depuis qu’il se sait découvert, il reste enfermé dans sa chambre. Ça fait trois jours! Et rien à faire pour le faire sortir.»  

J’aime bien Blanche, elle était dans tous ses états et je ne savais vraiment pas comment la consoler. Je n’allais quand même pas lui dire qu’elle s’en sortait plutôt bien et que l’immense majorité des suicides d’enfants était due très précisément à la peur d’avouer une mauvaise note ou à la honte de voir reconnue une fausse signature.  

Des psychologues, toujours de service quand il s’agit de justifier les normes et d’expliquer l’inexplicable, t’affirment sans sourciller que si l’on ne punit pas l’enfant, il se punira cruellement lui-même, se blessera, cassera son jouet préféré (s’accusera de fautes qu’il n’a pas commises, pour faire bonne mesure) et que l’éducateur doit punir pour «soulager la conscience» du bambin. Bien sûr qu’il y a des enfants fêlés, mais pour se punir soi-même, il faut être déjà bien rongé par la peur, craindre pire, encore et toujours pire, tu ne crois pas? 

Tous les psychanalystes ne sont pas des crétins. Beaucoup sont assez malins pour être escrocs. Et même, un tout petit nombre, qui ne sont ni crétins ni escrocs, sont de remarquables et belles figures de penseurs, de créateurs. Je n’ai pas été surprise – ça me semblait la moindre des choses – que deux d’entre eux, assez loin des divans, disons-le, corroborent avec «leurs» enfants (autistiques pour l’un, «caractériels» pour l’autre) ce que quelques parents ont choisi de vivre dans une relation d’où toute idée de sanction est absente.

Bruno Bettelheim : «[Ici] il n’y a aucune règle disciplinaire. Le personnel doit respecter tout ce que fait l’enfant (on remplace parfois jusqu’à trente vitres par jour).»

A. S. Neill: «Les enfants de Summerhill ne deviennent pas des criminels ou des gangsters une fois qu’ils ont quitté l’école parce qu’ils ont le droit [chez nous] de vivre à fond leur gangstérisme sans crainte de punitions ni de remontrances.» 

Je te vois sourire. Tu me reproches de me réfugier derrière les «grands». Il est vrai que c’est par lassitude. J’ai trop souvent eu à «défendre» ces amis qui ont voulu un autre rapport à leur enfant que celui du dressage. Dans les lieux où des mômes déscolarisés vivent ensemble (lieux de vie, écoles parallèles, etc.), le refus de la punition prête à bien des visiteurs un prétexte à parler de «totale liberté» pour celles et ceux qui éprouvent pour ce mode de vie de la sympathie et à crier au «laxisme» pour les autres.  
Les deux points de vue sont erronés. Il n’y a pas plus de laisser-aller que de jouissance sans entrave. Il y a des adultes et des enfants qui apprennent à ne plus avoir peur. Ce n’est pas forcément facile. Les périodes de gangstérisme et trente vitres à remplacer, ça demande un grand sang-froid et une confiance inébranlable dans les rapports humains véritables qui peuvent naître au sein d’un monde d’où la punition est exclue. Et il ne s’agit pas d’avoir l’enfant à l’usure. Mais d’instaurer coûte que coûte une relation où l’enfant a le même poids, la même valeur qu’un adulte, où tout individu, quel que soit son âge, est considéré comme seul responsable de ses actes.

La liberté apparente dont quelques-uns se disent frappés en entrant dans ces lieux n’est pas la vraie liberté. La vraie liberté ne se voit pas. Qu’un gosse dise à tel ou tel adulte: «Tu me fais chier, laisse moi seul» ne donne aucune indication sur le degré de «liberté» qui se déploie ici. Mais que l’adulte comprenne et s’en aille montre que celui-ci sait «prendre du champ» et concevoir des rapports indépendants non fondés sur le droit et la peur, le permis et l’interdit. C’est déjà quelque chose.  
Je connais par cœur tous les refrains qui reprennent le thème de «l’erreur psychologique [consistant à avoir] une attitude égalitaire avec l’enfant et à n’user jamais de sanction» (Schmid dénonçant la pédagogie du maître-camarade au début du siècle). Je ne réponds plus. Je te regarde. Tu es très belle. Tu as presque quatorze ans. Tu rêves dans ton hamac. Tu sembles aller bien. Ceux qui défendent la discipline et l’école ont de sales trognes tristes. Ça ne semble pas tellement leur avoir réussi l’apprentissage de la peur. Elle domine leurs jugements. Ce sont les mêmes, forcément, qui réclament plus de policiers. Ils ne conçoivent la vie que disciplinaire avec des écoles pour apprendre à se taire, des casernes pour apprendre à obéir, des prisons pour apprendre à mourir.  

 

 

 

 

 

 

 

Written by Observatoire situationniste

13 avril 2009 à 08:53

23 Réponses

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  1. Cet article est publié également sur LePost, où il a suscité d’intéressants commentaires,
    notamment celui de Zabeille, dont voici la conclusion :

    « … bref on nous prépare à la société telle qu’elle est, c’est à dire froide, calculatrice, rigide, guerrière, compétition à tous les étages, hiérarchie, obéissance, la seule intelligence logique est reconnue comme bonne alors que l’intelligence créatrice n’a pas sa place ni à l’école ni dans la société ! « 

    http://www.lepost.fr/article/2009/04/13/1494004_l-ecole-est-une-prison_1_0_1.html

    franc parleur

    13 avril 2009 at 13:10

  2. L’exemple le plus innatendu, cerait celui que l’écolle fait aux surdoués …

    Un surdoué n’est pas plus intelligent, il a seullement une autre vision (compréhention) de … tout.
    Surtout en étant enfant, il ne se trouve pas dans l’utilité d’apprendre ce qui ne lui servira pas, donc du coup mauvais élève.
    Enfant, disposé a répondre aux « conversations » de « grands » et en général généreux de partager son savoir … l’adulte « conditionné » pendant son enfance, ne tolère pas qu’un enfant le corrige dans sa perseption du monde! Frustré, il conduit les esprits encore libre dans le même moule -> Le Conditionnement Social !!

    La société en prends conscience, dumoin j’en suis convaincue … dans quelques sciècles 😉 nous serons tous ce que notre nature nous dicte !!

    sexy2bloved

    14 avril 2009 at 13:42

  3. Bel optimisme et beau réalisme, enfin je trouve.
    Nous y arriverons, nous le portons en nous !

    franc parleur

    14 avril 2009 at 14:13

  4. Oui, l’Homme doit se défaire de ce conditionnement et laisser son esprit en éveil pour oppérer aux changements fondamenteaux qui le conduiront à la liberté de soi -> le retour à sa nature, sa divinité, son éternité …

    sexy2bloved

    14 avril 2009 at 14:56

  5. mmmm, belle et profonde analyse, la destruction commence avant la construction qui elle,ne me semble plus être qu’un rafistolage continu et incessant.
    On me blesse, je me répare, on me blesse, je me répare, on me blesse je me rerépare et ainsi de suite.
    On appelle cela grandir (sic)
    Grandir revient plus à panser ses plaies et à les cicatriser sans cesse qu’à devenir librement ce que l’on est potentiellement.
    Il est bien évident que l’école se rapproche du milieu carcéral, horaires, immobilité contrainte, discipline, punitions et maintenant télé-surveillance à tous les étages.
    Les enfants naissent et grandissent dans un monde d’adultes déjà détruit.
    Fatalement ce que les adultes leur enseignent est une adaptation à la forme d’anéantissement qui leur tient lieu d’existence.
    Comment supporter l’insupportable, comment accepter l’inacceptable voilà le principal de l’enseignement.
    Quand il ne les prépare pas directement à devenir des infirmes et des mutilés, à accepter la guerre (voir les manuels scolaires de la période 1880 1914).
    Voir également le type de problèmes arithmétique proposé en allemagne dans les années 30.
    Problème du genre, sachant qu’un handicapé coute tant à l’état, combien coutent x personnes prises en chargent, combien l’état économiserait-il si ces personnes n’existaient pas.
    Faites le calcul…..
    Vous me direz que nous n’en sommes plus là, que l’époque a changée?
    Je ne crois pas, je ne crois en rien que l’époque ait changée.
    Nous avons simplement rajouté de la couleur et progressé dans l’art du maquillage.
    Je pense à ce prof évincé voici quelques années déjà pour avoir oser proposer à l’étude le « sonnet du trou du cul » de rimbaud ».
    Comme si nous en étions dépourvu….
    Je pense à la proposition récente qui suggérait de placer dans les livres d’école quelques lignes à la gloire et aux bienfaits de la colonisation…
    Il est bien évident que l’enseignement est structuré en fonction des besoins globaux de la société.
    Des soldats pour la guerre, des soumis pour l’usine, des vaincus pour les maitres.
    Chair à canons, chair à pognon selon les besoin du jour.
    Ceci dit j’ai eu l’extraordinaire chance d’avoir eu un très bon prof dont le seul souci était l’éveil de l’esprit des enfants.
    Le peu que je sais pourtant, du monde dans lequel je surnage tant bien que mal, est d’origine extra-scolaire pour ne pas dire extra-terrestre, tant il faut s’éloigner des idées, non pas reçues mais infligées, pour retrouver un rien de bon sens.
    Lorsque l’on dit médecin, je pense molière.
    Lorsque l’on dit école, deux chansons me reviennent en plus des cahiers au feu et de la maitresse au milieu.
    Little boxes, reprise par greame alwright et qu’as-tu appris à l’école mon fils.
    Un jour nous serons libres et nos enfants grandiront dans l’amour et la liberté et ce ne sera pas le foutoir.
    Du reste, nos maitres essayent de nous faire passer, le foutoir que nous le vivons, pour un monde normal.
    Ce que les hommes vivent actuellement est, pour moi, le résultat de l’ignorance, de la bêtise, de la folie et du gout criminel du pouvoir.
    Je ne vois rien de « normal » dans cet ahurissante foire d’empoigne que l’on appelle les marchés, rien de normal dans le pillage intégral de la terre, rien de normal dans le monde qu’ils essaient, par le biais de l’enseignement public, de nous faire passer pour « normal » autant que naturel.
    Je n’ai sans doute pas été très bon élève
    Extra-scolairement votre.
    Laurent

    laurent

    17 avril 2009 at 23:04

  6. Merci pour toutes ces « mises au point » claires et nettes !
    Moi aussi je peux dire :
     » Le peu que je sais pourtant, du monde dans lequel je surnage tant bien que mal, est d’origine extra-scolaire pour ne pas dire extra-terrestre, tant il faut s’éloigner des idées, non pas reçues mais infligées, pour retrouver un rien de bon sens. »

    franc parleur

    19 avril 2009 at 19:13

  7. Nous aurions du être dans la même classe 😉

    Personnellement, j’ai alors eu de la chance de ne pas avoir été influencée par « l’adulte » qui en réalité m’a abandonnée … On m’a laissé à mon sort et merci la vie !!! Les personnes qui ont essayé, avec qui j’ai eu des prises de bec, n’ont pas pu insister par mes déménagements fréquents. De plus, je suis entêtée et reste avent toute écoute à l’écoute de ma propre personne de mes propres idées et pensées. Je n’ai aucun scrupule à hocher la tête et de penser le contraire :-)et puis quand même n’en faire qu’à ma tête!
    Et surtout ce que je me donne comme « liberté » je la donne à tout être !!!
    Quelle grandiosité d’AMOUR ce serai si nous étions tous libérés de cet emprisonnement !!!
    J’aspire le moment … j’en ai déjà le ressenti, hummm quel bonheur.

    sexy2bloved

    20 avril 2009 at 16:19

  8. Tu suis ton chemin sans rien imposer à personne, tu apprends librement de la vie, tu devines la Victoire de l’Amour –

    Pour moi je dirai : l’Aurore nous guide.

    franc parleur

    20 avril 2009 at 20:18

  9. Je viens de relire cette dernière réponse et merci, je suis passée dans les fillets d’une personne que j’aprécie beaucoup (un éducateur), mais qui montre tout les « sympthômes » d’un « pervers narcicique »; il prône l’unité de nos ämes et notre entité Divine, nos pouvoirs de créateurs et d’influence sur notre bonheur, notre paix intérieure, …
    Mais, malgré que mes mots renforcent les siens et sont lancés (de ma part) pour amplifier l’effet de leurs vibrations… il les démolis et les critiques en me jugeant. Par mon comportement, il me dis que j’impose. Comme je suis dislexique et que le français ne soit pas ma langue d’origine, je ne perçois (selon lui) pas la futilité des mots et de la syntaxe.
    Toutes les choses qu’il me reproche, ont résonné en moi et m’ont fait souffrir … J’ai décidé de ne plus avoir d’échanges avec lui, mais ce n’est pas évident …
    J’aprécie cette personne, et son état me fait de la peine, donc je pense beaucoup à tout ce qu’il m’a dit et je médite, et allors je me retrouve a relire certaines réponses à mes commentaires … qui me réconfortent et retransforment cette peine en compassion. Merci pour ça !!! Mon cher Franc Parleur 😉

    sexy2bloved

    11 mai 2009 at 07:30

  10. Chère sexy2bloved,
    tu écris :
    « je médite, et alors je me retrouve a relire certaines réponses à mes commentaires … qui me réconfortent
    et retransforment cette peine en compassion. »

    Cette alchimie existentielle est le plus beau remerciement !
    Bonne journée,
    fp

    franc parleur

    11 mai 2009 at 07:35

  11. C’est avec le coeur !!! Vraiment Merci à TOI !!!
    Bonne journée à toi aussi !!!

    Avec AMOUR,
    La B 😉

    sexy2bloved

    11 mai 2009 at 07:45

  12. […] voir aussi sur ce site :L’école est une prison. […]

    Enfances en cage «

    11 mai 2009 at 17:23

  13. Catherine Baker, quelle penseuse ! quel génie ! quelle liberté de dire ce qu’elle voit ! ce qu’elle veut ! son livre est bouleversant; plein d’humour et de détresse sur la situation de notre école.

    Eric paroissien

    28 juin 2009 at 10:42

  14. D’autres commentaires à ce billet sur LePost ;

    Extraits :

    « … Dans ce texte, ces idées que l’on ose enfin exprimer, je retrouve mon enfance et le début de mon adolescence martyrisées par une école dont je refusais des règles absurdes parce qu’il était absurde qu’on me demande de les appliquer sans me les avoir expliquées, sans que je les ai comprises, ce qui veut dire, le plus souvent, admises… »
    Nanou75


    « … j’adore ce texte il m’a touché j’ai tellement vécue cette angoisse de l’école tous les jours, la peur au ventre, peur de ne pas connaître les réponses, peur de la moquerie des autres en particulier celle des « maîtres » peur de la punition corporelle, et oui ça existait encore chez moi, avec la bénédiction de mon père « si l’instit t’a frappé c’est que tu l’a mérité! » ai-je mérité que l’on me tienne part les pieds au dessus du poêle en feu? ai-je mérité que l’on m’enferme dans une cave sombre? ai-je mérité que l’on me balance une règle en fer en plein front? une autre chose, pour moi, est inacceptable pourquoi ne fait-on travailler aux enfants qu’un seul cote du cerveau? a l’école on ne travaille que la logique,mais jamais le coté créatif, imaginatif,inventif, bref on nous prépare a la société telle qu’elle est, c’est à dire froide,calculatrice,rigide,guerrière,compétition a tous les étages, hiérarchie,obéissance, la seule intelligence logique est reconnue comme bonne alors que l’intelligence créatrice n’a pas sa place ni a l’école ni dans la société!… »

    Zabeille

    Laurent l'un

    1 septembre 2009 at 12:03

  15. Mauvaise nouvelle :

    La défense des enfants par Hervé Bertho

    Toute personne mérite d’être défendue. Et les enfants plus que d’autres.
    Au nom de leur faiblesse.
    Au nom de leur innocence.
    Un enfant est une personne de moins de dix-huit ans. Mais c’est une personne. Avec des droits.
    La France pays des droits de l’homme doit aussi être celui des droits de l’enfant. Il faut redire que les enfants ont des droits d’enfant.
    Innocent, démuni, abandonné par sa famille, maltraité par le sort, jouet de l’histoire, migrant ballotté d’un continent à l’autre, battu par les uns, chassé par les autres, il est toujours la première victime des drames du monde.

    L’enfant a le droit d’être protégé.
    Parce que c’est un enfant, une promesse d’humanité pour le meilleur.

    Alors ne lui donnons pas l’impression du pire avec une reculade institutionnelle. Il faut le dire et le dire encore aujourd’hui. Car un symbole très fort risque de disparaître : l’intention du gouvernement est en effet de supprimer la belle fonction de Défenseur des enfants pour inclure cette mission dans une défense plus générale des Droits. Ce projet laisse un goût amer. On a l’impression que l’enfance prend une vilaine claque.

    Le projet de loi est de fondre les attributions du Défenseur des enfants, du Médiateur de la république et de la Commission nationale de déontologie de la sécurité dans une seule institution de défense des droits.
    Le problème est que la spécificité de l’enfance passe à la trappe.

    Le poste de Défenseur a été créé en l’an 2000. Il a été occupé par Claire Brisset avant de l’être aujourd’hui par Dominique Versini. Ces deux défenseures peuvent regretter « la maltraitance institutionnelle » dont leur action se retrouve victime.

    Le bilan de neuf années de fonctionnement indique clairement que leur travail est utile et précieux : 20 000 enfants en difficultés ont été pris en charge !
    C’est à la fois peu face à la misère du monde et c’est déjà immense… C’était en tout cas le signe d’une volonté politique dont la France pouvait s’enorgueillir.

    Ce n’était pas une fonction honorifique mais une mission au nom de l’honneur : la défense des droits des enfants avait fait son chemin dans les esprits. L’opinion avait été frappée à la faveur d’indignations justifiées et de recommandations écoutées : l’âge du mariage des filles, la protection des mineurs étrangers abandonnés, la prise en compte de l’avis des enfants quand les parents divorcent…

    Cette fonction résonnait aussi comme un guichet de l’espoir.
    C’était la voix de ceux que l’on n’entend pas.
    Il ne faudrait pas la faire taire mais au contraire l’écouter davantage.

    L’enfant, c’est l’Homme de demain.

    Laurent l'un

    22 octobre 2009 at 10:29

  16. je suis un garçon de et j ‘ utilise l ‘ E-mail de mon père , bon pour moi l ‘ école est une prison , on s ‘ ennuie avec les cours et les punitions pendant la récré c ‘ est la prison.On peut meme pas manger notre gouter.

    LAVERIAN

    22 février 2010 at 21:50

  17. Cher LAVERIAN, merci de ton témoignage.

    Laurent l'un

    23 février 2010 at 03:27

  18. Et si nous apprenions à nous déculturer ?
    pour épouser toutes les cultures
    pour parler le langage universel du coeur
    où peut germer la fraternité vraie ,
    sans mur, sans frontière matérielle ou immatérielle de l’esprit .

    Bien loin de l’esprit de compétition d’égos et de sa soeur arrogance !
    qui régnent malheureusement dans nos écoles et toutes nos sociétés !
    J’ai dit à chacun de mes enfants, (aujourd’hui , adultes):
    « Deviens quelqu’un de bien .
    En prenant soin de toi, tu prends aussi soin des autres , parce que nous faisons tous partie d’un même Tout .
    (Je viens de le comprendre , merci à vous auteur de cette belle ouverture et merci Laurent, si tu me lis ),
    nous sommes tous habitants de la même planète
    Chacun est unique et nous sommes tous différents ( pouvant développer chacun notre propre personnalité).
    C’est l’ héritage commun à toute la création , le vivant .
    Réconcilions nous , en nous , que la notion de complémentarité supplée celle de la dualité !
    « Soyons un en nous » et complémentaires tous ensembles

    Quel régal de vous lire !
    Bien à vous

    _

    bulledefleur

    9 juin 2010 at 11:02

  19. Bien sûr que je te lis chère soeur !
    Merci pour ce vivant commentaire,
    Salam

    Laurent

    9 juin 2010 at 11:14

  20. Un grand bravo ! Tous ce que je ressens est exprimé dans ce texte…Je pensais que j’étais le seul à réfléchir, j’avais tort ! Bonne continuation…

    Till Bisquay

    16 août 2010 at 16:41

  21. Merci Till, bonne continuation à toi.
    Nous sommes déjà nombreux, et la Lumière nous trouve.

    Laurent

    16 août 2010 at 19:16

  22. C’est bien agréable de se trouver conforter dans ses choix de vie par des textes intelligents et biens écrits.

    Merci de la part de parents de quatre enfants non sco.

    Vincent FRANSIOLI

    20 août 2010 at 21:51

  23. Oui, nous ne sommes pas si « seuls » qu’on nous le fait croire…

    Laurent

    20 août 2010 at 21:55


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