anarchie pour l'évangile !

La « femme » qui est en chacun.

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Lettres à un jeune poète (extraits)

Rainer Maria Rilke

« la femme est sans doute plus mûre, plus près de l’humain que l’homme… »

 

 

Une seule chose est nécessaire: la solitude.  La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne – c’est à cela qu’il faut parvenir.  Être seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elle font. S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être près des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays.  Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d’évènements auxquels vous pouvez prendre part.  Les enfants sont toujours comme l’enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.


Vous êtes si jeune, en quelque sorte avant tout début, et je voudrais, aussi bien que je le puis, vous prier, cher Monsieur, d’être patient à l’égard de tout ce qui dans votre cœur est encore irrésolu, et de tenter d’aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l’instant des réponses, qui ne sauraient vous être données; car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s’agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions. Peut-être vivrez-vous par la suite et petit à petit sans, vous en apercevoir, en ayant, un jour lointain, pénétré au sein des réponses.. Sans doute y a-t-il par-dessus tout un grand principe maternel, désir commun à tout. La beauté d’une vierge, d’un être «qui n’a rien encore accompli» (comme vous le dites si joliment) est maternité qui se pressent et se prépare, s’inquiète et languit. La beauté de la mère est maternité qui se dévoue, et, chez la vieille femme, on trouve une grande mémoire. La maternité est chez l’homme aussi, me semble-t-il, charnelle et spirituelle; la création masculine est elle aussi une sorte d’accouchement, et c’est un enfantement lorsqu’il crée à partir de sa plénitude la plus intime. Et peut-être les sexes sont-ils plus proches qu’on ne le pense; la grande innovation mondiale consistera sans doute en ce que l’homme et la femme, affranchis de tous les sentiments erronés et de toutes les répugnances, ne se chercheront plus comme des contraires s’attirent, mais comme des frères et des sœurs, des voisins qui s’uniront comme des êtres humains pour simplement, gravement et patiemment assumer en commun cette sexualité difficile qui leur échoit. 


Un jour… l’amour ne sera plus le commerce d’un homme et d’une femme, mais celui d’une humanité avec une autre. Plus près de l’humain, il sera infiniment délicat et plein d’égard, bon et clair dans toutes les choses qu’il noue ou dénoue. Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement : deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre.


L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l’amour de l’être aimé. C’est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu’appelle le large.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 Réponses

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  1. Très beau texte 🙂

    Anaïs Oddou

    4 mai 2009 at 17:31

  2. Ou lettre devrais-je dire *

    Anaïs Oddou

    4 mai 2009 at 17:32

  3. Chère Anaïs,
    Les Lettres 4 et 7 (sur la solitude et sur l’amour) sont particulièrement belles et réfléchies ; mais toutes nous transmettent la même expérience dans la même douce lumière :
    « Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n’êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses.. »

    .

    franc parleur

    4 mai 2009 at 17:43

  4. Le pdf des (7) Lettres à un jeune poète est en ligne.

    Laurent l'un

    29 janvier 2010 at 11:40


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