anarchie pour l'évangile !

[Repères] : christianisme et non violence

with 4 comments

1) 

Au cours des années 1879-1886, Tolstoï développait progressivement une pensée condamnant radicalement la violence. Celle-ci s’exprime dans ses œuvres (Confessions, Concordance et traduction des quatre évangiles, En quoi consiste ma foi, et Que devons-nous faire ?).Tolstoï refusait aussi la violence révolutionnaire comme celle exercée lors de la première révolution russe de 1905 : «La violence engendre la violence, c’est pourquoi la seule méthode pour s’en débarrasser est de ne pas en commettre», « Il n’y a qu’une solution, celle de la reconnaissance de la loi d’amour et du refus de toute violence », écrit-il, quelques jours avant sa mort (1910).

 

Il pensait qu’il n’y a que l’amour de la pure vérité, l’amour révélé par le sacrifice du Christ, qui pourrait un jour mettre fin aux misères humaines. Les Évangiles demandent aux hommes de s’aimer les uns les autres, de ne pas résister au mal par la violence, de ne pas juger leurs semblables, d’aimer leurs ennemis. Tolstoï se convainc que suivre la vraie religion chrétienne, c’est mettre en pratique cette loi d’amour du prochain. On connaît les cinq préceptes que Tolstoï donne dans Ma Religion : Ne te mets pas en colère. Ne commets pas l’adultère. Ne prête pas serment. Ne résiste pas au mal par le mal. Ne sois l’ennemi de personne.

Selon Tolstoï, le service militaire n’est pas compatible avec l’esprit chrétien. Un chrétien ne peut se préparer à l’assassinat de son prochain ou le commettre en étant soldat. L’idée même de juger et condamner à mort est à l’opposé de celle de tolérance et de pardon du Christ. Tolstoï accusait l’Église, depuis qu’elle était devenue une puissance temporelle à partir du règne de Constantin, d’avoir enlevé à l’enseignement du Christ toute sa signification en cautionnant la guerre et la peine de mort.

 

2)

Les Esséniens étaient les membres d’une communauté juive, fondée vers le troisième siècle avant notre ère. Le nom d’Esséniens avait été donné à ces juifs à cause de leur sainteté. Cette désignation de pieux convenait très bien à ces petits groupements vivant d’une vie semblable à celle des moines, fuyant le monde pour mener une existence plus sainte. Plusieurs descriptions de la secte nous sont parvenues par divers historiens du monde antique. Les principaux groupements s’établirent, semble-t-il, sur les rives de la mer Morte. Leur comportement et leur manière de vivre décrits par les auteurs anciens étaient semblables à celles des premières communautés chrétiennes.

Le plus marquant était la mise en commun et la répartition des biens de la collectivité selon les besoins de chaque membre et leur refus radical de la violence.

Il était également interdit de jurer, de prêter serment, de procéder à des sacrifices d’animaux, de fabriquer des armes, de faire des affaires ou de tenir un commerce. Les membres renonçaient aux plaisirs terrestres pour entrer dans une sorte de vie monacale. Leur nourriture se composait essentiellement de pain, de racines sauvages, et de fruits. La consommation de viande était interdite. Leur principale occupation était l’agriculture. Ils fabriquaient tout ce qui était indispensable à la communauté. Mais le commerce était interdit, parce qu’il engendre la cupidité, de même que la fabrication d’armes et toute activité violente.
L’attitude non-violente, en toutes circonstances, était aussi celle qui était demandée aux premiers chrétiens en sachant qu’elle pouvait conduire au martyre.

Les ennemis de Jésus n’ont pas été émus par son attitude non-violente et ils l’ont crucifié.

Pour les premiers chrétiens, l’attitude non-violente était la conséquence de l’obéissance évangélique.
Les Esséniens furent délogés par les Romains entre 66 et 70, lors de la révolte des juifs. Après la destruction de Jérusalem, ils disparurent complètement.

 

3) 

Les premières communautés chrétiennes formèrent des groupes de gens assez peu nombreux menant entre eux une vie pure, en accord avec les préceptes de Jésus, acceptant pleinement l’idée que le riche, s’il ne donnait pas son superflu, était un détenteur du bien d’autrui. Donner au pauvre, c’était donner à Dieu (Mt.XXV.40.).
Les premiers chrétiens mettaient ainsi tous leurs biens en commun et les redistribuaient selon les besoins de chacun. (voir Actes II-42 et IV-32). Les Eglises chrétiennes furent des établissements de charité. Les premiers évêques étaient souvent amenés à vendre les vases sacrés ou les trésors de leur église pour racheter les esclaves et les captifs, en suivant l’enseignement du Christ : « amassez plutôt un trésor dans le ciel », « on ne peut aimer à la fois Dieu et L’argent. ». Les agapes et les distributions faites du superflu des offrandes nourrissaient les pauvres, les voyageurs.

 

Les mœurs des chrétiens étaient la meilleure prédication du christianisme. Le mariage revêtait un haut caractère religieux. Par influence du mariage chrétien naquit cette haute idée de la famille. « Ne pas séparer ce que Dieu a uni » devint la base du droit.

 

Cependant, lorsque le christianisme devint la religion officielle de millions de fidèles formant la partie la plus active de l’humanité antique, les vertus évangéliques furent délaissées.

 

Quand le christianisme devint la religion officielle de l’Empire romain, ses responsables acceptèrent de s’associer avec le pouvoir politique, imitant, en cela, les religions païennes de l’Antiquité qui avaient été indissolublement liées à l’Etat et à ses chefs…

 

 

 

___________________________________________

Extraits de commentaires trouvés à la page :

http://www.moinillon.net/post/2007/01/21/Tolstoi-un-chretien-pas-tres-orthodoxe

signés Bernard Antoine, contributeur qui  a posté à cette même page d’autres très instructifs commentaires, dont celui-ci, bien en rapport avec l’actualité de la porcherie mondiale :

 

« Dieu n’a pas confié le monde à l’homme pour qu’il en fasse ce qu’il veut selon son ses caprices et son bon plaisir, mais pour qu’il en soit responsable devant lui en étant un bon gestionnaire.
Vous nous dites qu’il n’y aucune raison de mépriser la viande. Je ne suis absolument pas de votre avis, surtout la viande industrielle. Dans le temps les paysans ne mangeaient de la viande qu’une fois par semaine, et encore, ce n’étaient que les paysans aisés, mais pas les pauvres. Ils respectaient leurs animaux qui étaient généralement bien traités. De nos jours on se gave tous les jours de viande industrielle, en se rendant malades, par gourmandise et non par nécessité, sans aucun respect pour les animaux cruellement traités.
Les animaux sont tout de même pas des objets mais des créatures de Dieu. »

 

 

– Sur la non violence, voir aussi sur anarchie évangélique : [Repères]: Passage de relais : Tolstoï/Gandhi

 

et bien sûr :

http://whiteblocks.wordpress.com/

pour les potentialités pratiques à venir !

 

 

 

.

 

 

Written by Observatoire situationniste

9 mai 2009 à 15:45

4 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Gandhi :  » la misère est la pire des violences »

    Un de ceux qui étaient avec jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
    Jésus lui dit: rentre ton épée car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. (évangile selon matthieu).

    Les quatre évangiles exposent cet épisode de l’arrestation de jésus.
    Tous les quatre s’accordent sur l’oreille tranchée (van gogh?).
    Ils divergent ensuite sur les réponses du christ.

    Je ne chercherai pas ici de version authentique
    Je considère que la réponse unique du christ en contient plusieurs.
    Chaque évangéliste en aura consigné une.
    Il y en a peut-être d’autres……

    Selon marc, jésus déclare: suis-je donc un bandit pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons?

    Luc consigne:
    « jésus répondit : « laissez donc faire!
    Et, touchant l’oreille de l’homme il le guérit ».
    Il pose aussi la question, suis-je donc un bandit?

    Jean fournit le nom du serviteur frappé à l’oreille: malcus.
    Il est aussi le seul à nommer celui qui tire l’épée, simon pierre.
    Jean attribue ces paroles au christ:
    « Remets ton épée au fourreau, est-ce que je vais refuser la coupe que le père m’a donnée à boire? »

    Le premier élément sur lequel s’accordent, de manières variées, les évangélistes est la réponse non-violente du christ.

    Deux versions attestent qu’il demande de remettre l’épée au fourreau.
    Une autre affirme qu’il recommande de laisser faire et qu’il répare.
    Dans la quatrième, il répond par la question, suis-je un bandit?

    La paix est la réponse du christ à la violence.

    Le refus de réagir à l’invitation brutale de la colère par la colère, à la hargne par la hargne, à l’injustice par l’épée.
    Le refus quotidien de la violence, des petites circonstances aux cas les plus difficiles, nous incombe.

    La férocité se lit dans le miroir que tend notre mémoire à notre conscience.
    Elle se lit tant dans nos existences individuelles que dans l’histoire de notre aventure collective.

    Il faut produire en chacun de nous, maintenant, énormément d’amour pour contrebalancer le poids considérable que l’égoïsme et ses conséquences font peser sur l’humanité.
    La solution est à portée de notre volonté, il faut produire de l’amour

    Rentre ton épée car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée.
    Matthieu rappelle la loi karmique bien connue des bouddhistes.
    Loi de causes à effets, action, réaction.

    Ranger l’épée, ne pas transmettre la violence,
    Couper par son choix, à son niveau, les enchainements que la haine brode sur la trame du malheur.

    Le refus de la violence brise les mailles du mal.
    Filet qui nous enserre, nous capture, nous ravit à nous-mêmes, à notre dignité d’homme pour nous relâcher dans la nuit des douleurs.

    Transformer le mal que l’on reçoit en amour que l’on donne.
    Le digérer peu à peu, l’intégrer dans un processus de conscience, le pardonner mais surtout ne pas le rendre.
    Le rendre c’est le reproduire, le reproduire c’est le rendre.

    Rangeons nos épées.
    Arrêtons de faire subir aux autres ce que nous subissons, ainsi arrêtons de subir, d’accepter tout et n’importe quoi de nous-mêmes et d’autrui.
    Décidons de vivre, décidons la différence, décidons d’orientations nouvelles pour le monde que nous détruisons et laisserons à nos enfants.

    Suis-je un bandit?
    Avant son jugement et sa condamnation, le christ pose cette question à ceux qui viennent l’arrêter.
    Il affirme ensuite; « chaque jour j’étais avec vous dans le temple où j’enseignais et vous ne m’avez pas arrêté? »
    Cette phrase est reprise par les trois synoptiques.

    Suis-je un bandit?
    Personne ne répond à cette question, elle reste suspendue lorsque le christ la pose.
    La suite de l’histoire contient la réponse…..

    Tout eut été si simple s’il se fut agit d’un brigand…..

    Innocent mais dérangeant surtout.
    Plus dérangeant honnête que tordu.
    Plus dérangeant ressuscité que mort.

    Ce qui dérange est mis en accusation.
    L’abandon de l’armement, la métamorphose d’un monde d’argent violent en monde de partage, le passage de l’obscur au clair, tout cela est combattu.
    Labellisé utopique, rangé dans le placard « dossiers irréels », à ne jamais consulter, perte de temps.
    Inutile de chercher dans cette voie.
    Essayons de nous maintenir aux commandes du vieux rafiot terre avec les anciennes cartes, même si tout a changé

    Le débat est tranché, c’est irréalisable, cela ne peut exister nulle part.
    La paix n’a pas de lieu pour exister.

    Constatons hélas que misère et violence prolifèrent par contre, en de nombreux lieux bien réels.
    Si misère et violence sont bien de ce monde, pourquoi partage et paix ne le deviendraient-ils pas ?
    Il ne tient qu’à nous de le vouloir.
    La paix n’a d’autre lieu pour exister que le cœur de chacun.

    Montrons leur qu’ils se trompent, réalisons avec eux l’irréalisable.
    Réalisons-le en nous gens de bonne volonté..
    Arrêtons de faire périr par l’épée, par le manque d’attention ceux qui s’éteignent, quotidiennement, silencieusement, dans la douleur et l’indifférence.
    Croyons en l’avenir de l’homme.

    Laisse donc faire.
    Et touchant l’oreille de l’homme il la guérit.

    La réponse non violente invite à la réparation des blessures.
    Il faut ranger l’épée et réparer.
    On ne peut pas réparer si l’on sort l’épée.
    L’action non-violente induit une action réparatrice.

    Moralité, le désarment mondial est l’urgence première.
    Range ton épée nous dit le christ
    On ne peut pas porter à la fois une truelle et un fusil.
    Gros, énorme gain de ressources humaines et matérielles pour lutter efficacement contre la faim, l’ignorance, la misère sous toutes ses formes.

    Gain supplémentaire lorsque qu’ayant enrayé la misère on verra la criminalité baisser.

    Mais bon, l’homme semble sourd à tout cela, sans doute les séquelles de l’oreille tranchée longue à se réparer.

    Chez jean, le christ insiste sur la nécessité de l’accomplissement de la volonté du père.
    Jésus dit à pierre: remets ton épée au fourreau, est-ce que je vais refuser la coupe que le père m’a donnée à boire?
    Les 3 autres évangélistes reprennent cette donnée.

    Remettre l’épée au fourreau dégage les mains pour boire la coupe.

    Remettre l’épée au fourreau brise la chaine de causes à effets forgée par la violence.
    Remettre l’épée au fourreau répare l’oreille.
    Remettre l’épée au fourreau permet de boire la coupe.
    Boire à la coupe du christ, voilà ce que peut faire celui qui range son épée.

    La violence empêche que nous puissions boire et voir.
    Elle bloque.

    Celui qui range l’épée accepte.
    Il accepte sa vie et celle des autres il accepte la mort, il accepte la joie, le vent, la tristesse, les soleils couchants, les lunes de mai en août.

    Il n’accepte néanmoins pas la souffrance produite par la brutalité et l’avidité humaine.
    Il ne lutte cependant pas contre.
    Il ne perd pas son temps, il boit la coupe, se transforme et parce qu’un change, parce que chacun change, le monde entier change.
    Ceci est à la portée de tout individu: créer en soi un espace pour accueillir et vivifier la paix.

    La coupe apporte plus que la paix, elle apporte aussi tout ce que la paix contient.
    La paix est une porte ouverte sur la lumière.

    Le christ ayant bu le bol amer, nous devrions peut-être ranger nos épées et nous pencher sur notre auge.

    La non-violence, ranger l’épée, permet de boire la paix au bol du christ, du bouddha ou du prophète, peu importent les contenants, l’eau de sérénité et de tolérance est la même pour tous.

    La paix est la condition préalable, nécessaire et indispensable à l’installation de la vérité parmi nous.

    Le christ a bu le calice jusqu’à la lie.
    La résurrection est née de son don.

    Nous ne pouvons pas la résurrection mais au moins, tentons l’insurrection d’amour !
    Buvons à la coupe de l’apaisement, déposons les armes, toutes !
    Risquons un meilleur destin que la destruction, risquons l’amour, qu’avons-nous à perdre encore?

    Silencieuse, claire, douce, irradiante, elle vient sans bruit, murmure subtil, filet d’eau sur la feuille, ruisseau paresseux en bout de plaine, rivière, fleuve et soudain déborde pour inonder les déserts assoiffés de nos âmes.
    La paix vient silencieuse après le vacarme.

    Doucement mais surement, elle devient la condition préliminaire indispensable à notre survie.

    Rangeons l’épée, brisons la chaine du malheur, réparons les blessures, buvons la coupe fraternelle, buvons la connaissance, enivrons-nous de beauté.

    Il est évident que si le christ se pointe, il va remarquer que nous n’avons pas mis l’épée au fourreau.
    Va-t-il se compliquer la vie à nous le signaler?
    Ou simplement passer distraitement en constatant que nous n’avons guère évolué?
    Et même s’il nous disait quelque chose, l’entendrions-nous dans le dans l’océan des voies, dans le fracas des lames?
    Range ton épée, c’est pourtant simple.

    Paisiblement votre
    Laurent lautre

    laurent lautre

    16 mai 2009 at 17:31

  2. Encore un beau développement qui me met en joie et dynamise ma pratique !

    « Ceci est à la portée de tout individu: créer en soi un espace pour accueillir et vivifier la paix. »

    « La paix n’a d’autre lieu pour exister que le cœur de chacun. »

    « Range ton épée nous dit le christ.
    On ne peut pas porter à la fois une truelle et un fusil. »

    Voir sur un plan pratique collectif possible le projet White Blocks, qui continue doucement sa diffusion y compris chez les… Blacks Blocks (voir les récents commentaires : http://whiteblocks.wordpress.com/)

    .

    franc parleur

    17 mai 2009 at 18:32

  3. Tolstoi a été végétarien pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie. Il est important de le souligner, car son végétarisme était l’aboutissement de sa non-violence de chrétien anarchiste.

    liberationanimale

    24 mai 2010 at 19:45

  4. Oui c’est vrai…

    Nous traitons les animaux d’une façon ignoble.

    Ceci dit, manger de la chair animale n’est pas un mal en soi…

    Laurent l'un

    24 mai 2010 at 19:49


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :