anarchie pour l'évangile !

« Dieu, c’est ce que savent les enfants »

with 3 comments

Christian Bobin écrit souvent très  beau et vraiment bien.

Bobin s’occupe des femmes et des enfants d’abord.

J’ai beaucoup aimé Le Très Bas :

« Dieu c’est ce que savent les enfants, pas les adultes. Un adulte n’a pas de temps à perdre à nourrir les moineaux. »

« Les mères n’ont pas de rang, pas de place. Elles naissent en même temps que leurs enfants.»


Petite promenade sauvage dans son œuvre…

À quoi reconnaît-on les gens fatigués. À ce qu’ils font des choses sans arrêt. À ce qu’ils rendent impossible l’entrée en eux d’un repos, d’un silence, d’un amour. Les gens fatigués font des affaires, bâtissent des maisons, suivent une carrière. C’est pour fuir la fatigue qu’ils font toutes ces choses, et c’est en la fuyant qu’ils s’y soumettent. Le temps manque à leur temps. Ce qu’ils font de plus en plus, il le font de moins en moins. La vie manque à leur vie.

Si on devait dessiner l’intelligence, la plus fine fleur de la pensée, on prendrait le visage d’une jeune mère, n’importe laquelle. De même si on devait dire la part souffrante de tout amour, la part manquante, arrachée.

Les enfants sont comme les marins: où que se portent leurs yeux, partout c’est l’immense.

Il y a une beauté qui n’est atteinte que là, dans cette grande intelligence proposée à l’esprit par le temps vide et le ciel pur.

L’amour est comme un peintre qui oublierait – chaque matin, dans son atelier – la vieille histoire du monde, pour saisir une fleur éternelle dans le tremblé de l’air.

L’attente nous apprend que l’amour est impossible et que, devant l’impossible, on ne peut réussir ni échouer, seulement maintenir le désir assez pur pour n’être défait par rien.

La télévision c’est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre.

L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi – vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

La vie en société c’est quand tous obéissent à ce que personne ne veut.

Nous  ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre.

Avec le temps bien des gens lâchent. Ils disparaissent de leur vivant et ne désirent plus que des choses raisonnables.

Le monde n’est si meurtrier que parce qu’il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi. Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s’autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l’empêchement de vivre, d’aimer.

Je n’aime pas ceux qui parlent de Dieu comme d’une valeur sûre. Je n’aime pas non plus ceux qui en parlent comme d’une infirmité de l’intelligence. Je n’aime pas ceux qui savent, j’aime ceux qui aiment.

Les braves gens tristes ont toujours prétendu que les choses étaient très compliquées et qu’il fallait beaucoup mûrir avant de les saisir. Ce discours sur la complexité des choses est, il n’y a pas d’autre mot, le discours d’un salaud, de celui qui s’adresse à l’enfant pour lui dire : tais-toi.

Rien n’est plus contagieux que la liberté.

Dieu, mon petit bonhomme, c’est aussi simple que le soleil. Le soleil ne nous demande pas de l’adorer. Il nous demande seulement de ne pas lui faire obstacle et de le laisser passer, laisser faire.

Il y a une naissance simultanée de nos yeux et du monde, un sentiment de  » première fois  » où ce qui regarde et ce qui est regardé se donnent le jour.

La vérité est ce qui brûle. La vérité est moins dans la parole que dans les yeux, les mains et le silence. La vérité, ce sont des yeux et des mains qui brûlent en silence.

J’ai trouvé Dieu dans les flaques d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d’en parler.

Voir un vrai visage, c’est voir quelqu’un qui a vu quelque chose de plus grand que lui.

Un jour on sort du paradis et on voit ce qu’est le monde : un palais pour les menteurs, un désert pour les purs.

Je refusais obstinément de vivre dans l’antarctique des gens normaux.

Rien ne sera jamais aussi vaste qu’un visage ouvert par l’étonnement d’aimer.

.

3 Réponses

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  1. Les gens fatigués….

    Un jour, on demanda au Dalaï Lama :
    « Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans l’humanité? »

    « Les hommes qui perdent la santé pour gagner de l’argent, et qui après, dépensent cet argent pour récupérer la santé.
    À penser trop anxieusement au futur, ils en oublient le présent, à tel point qu’ils finissent par ne vivre ni au présent ni au futur.
    Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu ».

    mauve

    28 mars 2010 at 10:56

  2. « Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu »

    //

    « Il faut vraiment lutter pour naître »

    Merci !

    Laurent l'un

    28 mars 2010 at 13:20

  3. « Il faut vraiment lutter pour naître »

    Un temps lutter et finalement abandonner,
    Car tout est la déjà.
    Nous avons juste oublié.
    Oublié de vivre, n’est-ce pas incroyable ?
    Laisser, tout déposer, se dépouiller,
    Mourir à tout ce fatras,
    A toutes ces illusions,
    A toutes nos comédies,
    A tous nos faux semblants
    Mourir à tous nos mensonges.
    Abandonner le pire pour retrouver le meilleur.
    Oser vivre enfin !
    Légers, légers, légers,
    Comme l’enfant qui vient de naitre
    S’abandonner TOUT ENTIER,
    Et accepter la caresse infinie de notre Mère,
    L’étreinte des bras nourriciers de la Vie.

    (m)

    « Écoute encore : nul état n’était plus précaire que celui de l’homme quand sur la terre il fut séparé de son origine divine. Au-dessus de lui s’étendait la frontière hostile de l’usurpateur, et aux portes de son horizon veillaient des geôliers armés d’épées flamboyantes.

    Alors, comme il ne pouvait plus monter à la source de la vie, cette source jaillit en lui; comme il ne pouvait plus recevoir d’en haut la lumière, cette lumière resplendit au centre même de son être; comme il ne pouvait plus communier avec le transcendant amour, cet amour se fit holocauste et s’offrit, choisissant chaque être terrestre, chaque moi humain pour demeure et pour sanctuaire.

    Voilà comment, dans cette matière méprisée mais féconde, désolée mais bénie, chaque atome renferme une pensée divine, chaque être porte en lui le Divin Habitant. Et si nul, dans tout l’univers, n’est aussi infirme que l’homme, nul non plus n’est aussi divin!

    En vérité, en vérité, dans l’humiliation se trouve le berceau de la gloire !

    28 avril 1912
    Paroles d’autrefois. »

    mauve

    28 mars 2010 at 18:28


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