anarchie pour l'évangile !

[Repères]: Sur Armel Guerne

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Signes des temps

La nuit est lourde. Noire, épaisse, la nuit ténèbre.
Et puis l’éclair. Signe éclatant dans la largeur du ciel. Le cœur a peur, les yeux ont mal, là où la vie est descendue, le diable danse, le feu dévore.
Mais sans qu’on sache ni où, ni comment, voici la roche pure, comme un diamant.
Le berceau du poète, la chambre de son amour, et la gloire de son père.
Sous l’effroi, les cœurs sont descendus, les cœurs cherchent leur île, il n’y a plus de noms, ou bien voici leur aube, avant le chant.
Les cris imperceptibles encore des étoiles du ciel et de la terre d’hommes.

Hier il était trop tôt, et nous voici après la nuit déjà.
La poésie, géante absence, a délivré son dernier cri. Il est si tard, il est trop tard, il n’y a plus de noms.
Rien que des signes, un hymne en croix, et l’âme, dans son corps étendu, qui ne sait plus sa fin. Sainte misère, où la pitié ne rentre pas, la demeure de l’étoile, la clé de l’ignorance.
Voilà où nous en sommes, fils des anciens passeurs éblouis du grand froid.
Il nous parle interdit à grands mots de silence, et parfois il se tait, le feu.
Il nous est une danse. Au long souffle qui vient, d’autres voyages ne disent rien encore d’une autre renaissance.
Malheur à nous s’il est trop tard !

J’étais encore enfant, mes pas devant comme un adulte, ma voix éberluée, le vent, le vent n’en revient pas.
Fils de qui, ici pourquoi. Et toujours cette croix. Et puis le lis. Et Novalis.
Le courage d’emprunter le chemin, la voie du dedans, le poids de l’autre guerre, c’est Armel Guerne qui me les a donnés.
Et j’ai juré d’aller tout au bout, coûte que coûte, ne plus jouer la vie, ne plus rien simuler, jamais, ne jamais fuir, ni la nuit, ni l’ennui, se faire rivière, berceau pour accueillir toutes les pluies de l’à venir.
Parce que vous ne savez pas, vous non plus, combien plus de noyés que de navigateurs ont été admis à chanter les gloires silencieuses de l’eau.

Aujourd’hui tout est vide, aujourd’hui tout est signe, il n’est que d’écouter.
Parfois cela me fait l’effet d’un linceul de silence, parfois c’est un bombardement de sens, le cri de mille morts, et par-dessus, la vie aimante, le sel ressuscité, et leurs présences.
Nos frères.
Et il était leur serviteur.

Laurent Chaumette

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Texte publié dans Les cahiers du Moulin, la revue des Amis d’Armel Guerne.

« Où qu’il tourne les yeux, l’homme ne rencontre partout que des limites, sauf vers le haut. C’est sans doute pourquoi les générations microscopiques d’une ère déconfite et affaissée qui ne survit que dans son seul microcosme, s’interdisent, sous peine de vertige, tout regard qui n’est pas borné, ne cherchant rien au-dessus d’elles de peur de le trouver. Le seule vision, pourtant, la seule vision vivante et nourricière est bien celle qui réussit à enjamber nos apparences pour entrevoir la réalité. Quand on revient de là, on sait que ce monde-ci est mort, ayant empoisonné son verbe et détruit sa nature. »

(Voir aussi sur Armel Guerne sur ce site :

voici-de-beaux-sites )

*

Written by O.S

5 juillet 2009 à 16:42

4 Réponses

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  1. Ce très bel hommage à Armel Guerne est à la hauteur de sa poésie, de ce que j’en ai lu. C’est magnifique Laurent. Un passeur fidèle, tu es, d’un autre passeur.

    Mesuron

    26 octobre 2009 at 16:26

  2. ce qui est élaboré à partir de l’histoire falsifiée est comme du bâti sur sable mouvant.Relisez Hérodote la partie concernant l’Egypte et la colchidie .

    bOUBA

    26 octobre 2009 at 19:28

  3. LA Pierre angulaire laisée à l’écart est la pierre maîtresse de l’édifice.
    On reconnaitra l’arbre à ses fruits.que de larmes que de sang. Maudis par tout ce qui vit car menaçant la vie même .Une civilisation psychopathe
    Ce fruit est agréable à la vue et doux au toucher et au gout, devenant de l’airain fondu dans les entrailles, tandis que l’autre parait repoussant mais est salut pour l’âme

    bOUBA

    26 octobre 2009 at 19:41

  4. @Mesuron : Merci frère !

    Laurent l'un

    27 octobre 2009 at 01:16


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