anarchie pour l'évangile !

[Repères] Venus du fond des steppes, les Doukhobors…

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Parmi les mouvements anarchistes chrétiens, que nous n’avons certes pas fini d’explorer, il est aussi instructif qu’émouvant de partir sur les traces des Doukhobors…

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Prédécesseurs

Les Moloques ou Molokanes (en russe : Молока́не) sont une communauté religieuse née en Russie dans les années 1550. Le nom vient du mot russe Молоко (moloko) qui signifie lait, les Moloques buvant du lait les jours de jeûne de la majorité orthodoxe.

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jeune fille moloque en veste de cuir rouge

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Ce mouvement centré sur la Bible rejetait le pouvoir de Droit divin du Tsar, mais aussi le culte des icônes, les fastes de l’Église orthodoxe russe, le service militaire, les nourritures impures, le baptême par l’eau. Ils rejettent aussi la croyance en la Sainte-Trinité, l’organisation épiscopale, et les fêtes des Saints.

Il existe actuellement de petites communautés moloques dans plusieurs pays (Russie, Arménie, Brésil, Mexique, Australie, Uruguay, Mongolie, Iran, Syrie, États-Unis,…).

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« Les chevaux sauvages hennissent dans les steppes

On crie au loin, du milieu des steppes où l’on est libre. »

Guillaume Apollinaire, Les Doukhobors

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Les Doukhobors

(Doukhobors signifie « lutteurs de l’esprit »)

Les Doukhobors ignorent leur origine, puisque, comme les gens simples et illettrés, ils n’ont d’autre histoire que la tradition et que celle-ci n’en a conservé parmi eux aucun souvenir…

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, apparaissait pourtant en Russie une société dont l’existence, parmi le peuple ignorant, grossier, attaché aux formes extérieures de sa religion, semblait un fait absolument extraordinaire. Subitement se révélaient des hommes niant non seulement toutes les coutumes et tous les rites de l’Eglise orthodoxe, mais n’acceptant ni le baptême par l’eau, ni la communion avec le corps et le sang du Christ sous les espèces du pain et du vin.

Naturellement ces hommes ne furent laissés tranquilles ni par leurs voisins, ni par le gouvernement, d’autant plus que personne ne savait ni ne comprenait leur esprit. De tous côtés ils eurent à subir d’incessantes persécutions : chaque rencontre avec le prêtre, avec le commissaire ou l’inspecteur de police leur valait l’interrogatoire et la prison ; chaque rencontre avec les voisins était accompagnée de menaces et d’injures, chacun de leurs actes les faisait passer pour des monstres, ennemis de la tranquillité publique. L’autorité suprême les jugeait, pour la plupart, sur les dénonciations des petits fonctionnaires et souvent ils furent déportés comme criminels politiques.

Les persécutions contre les Doukhobors commencèrent en 1792. Le gouverneur de Ekatérinoslav écrivit alors à Pétersbourg que « les Iconoclastes ne méritent pas de pitié », et que leur hérésie est surtout dangereuse par la contagion de l’exemple, car « la vie des Doukhobors est basée sur les règles les plus honnêtes, leurs principaux soins se rapportent au bien commun, et ils attendent leur salut des bonnes œuvres » !

Les Doukhobors furent condamnés au bûcher, mais graciés et déportés en Sibérie.

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À la fin du XIXe siècle, les Doukhobors commencèrent à quitter la Russie en masse. Ils choisirent le Canada pour isolation et son caractère pacifique, et le fait que ce pays était disposé à les accueillir, et ils s’y installèrent en 1899.

Les Doukhobors au Canada.

Leur voyage transatlantique fut payé par des Quakers, par des Tolstoïens, qui avaient pitié de leurs malheurs, et par le romancier Léon Tolstoï lui-même, qui fit abandon des droits d’auteurs de Résurrection pour alimenter le fonds de leur émigration. Il collecta également de l’argent auprès d’amis aisés. Au Canada, les Doukhobors établirent un mode de vie communautaire semblable à celui des Huttérites.

Jusqu’en 1957, la Colombie-Britannique n’accordait le droit de suffrage aux Doukhobors, objecteurs de conscience comme les Mennonites et les Huttérites, que s’ils avaient servi en temps de guerre, ce qui revenait concrètement à les en exclure. C’est seulement en 1960, avec une première application aux élections fédérales de 1963, que les restrictions au droit de vote et d’éligibilité basées sur la « race » ou la religion furent levées au Canada (voir Droit de vote au Canada).

La moitié des doukhobors – ou « lutteurs de l’esprit », en russe — du monde vivent aujourd’hui dans l’ouest du Canada. Quelques 30 000 autres vivraient encore peut-être en Russie.

Leurs origines russes transparaissent dans tous les aspects de leur héritage. Fidèles à leur devise, « Labeur et vie paisible », les doukhobors cherchent à établir un équilibre dans leur vie entre les besoins fondamentaux de la vie quotidienne et des croyances spirituelles basées sur des principes chrétiens.

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Deux documents sur Tolstoï et les Doukhobors

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Lettre à la Rédaction du Times

« Monsieur,
« Je vous envoie, pour être insérée dans votre journal, une notice sur les persécutions dirigées, cet été, contre les sectaires du Caucase, les Doukhobors.
« Le moyen d’aider aux opprimés, et surtout aux oppresseurs qui ne savent pas ce qu’ils font, est unique : la publicité. L’exposé des faits au jugement de l’opinion publique, qui exprimera sa désapprobation pour les oppresseurs et sa sympathie pour les opprimés, arrêtera les premiers dans leur cruauté, souvent due à l’ignorance, et soutiendra le courage des seconds, qu’il consolera dans leurs souflrances.
« En Russie, la censure n’autorisera pas cet article, c’est pourquoi je vous l’adresse en vous demandant de l’insérer dans vos pages. Cette notice est écrite par mon ami, qui est allé sur place pour recueillir des renseignements exacts sur les événements passés, aussi peut-on absolument ajouter foi à ce qu’il rapporte.
« Ce fait que les renseignements contenus dans cette notice ne viennent que d’un seul côté, celui des opprimés, et que rien n’a été demandé aux oppresseurs, ne diminue pas leur exactitude.
« Les opprimés n’avaient nul besoin de cacher ce qu’ils ont fait, ils le proclament dans le monde entier, et comme les oppresseurs ne peuvent pas n’avoir pas honte des mesures qu’ils ont employées contre les opprimés, ils tâcheront, par tous les moyens, de cacher leurs actes. Nous avons soigneusement exclu tout ce qui, dans les récits des Doukhobors, pouvait paraître exagéré.
« Exacts et indiscutables sont les faits principaux racontés dans cette notice, à savoir : que les Doukhobors, en divers endroits, ont été, maintes fois, cruellement torturés ; qu’un grand nombre d’entre eux a été mis en prison, et que plus de 450 familles ont été complètement ruinées, puis chassées de leur logis, pour la seule raison qu’elles ne voulaient pas agir contrairement à leur croyance religieuse. Tout ceci est absolument indéniable et, même, ces faits, insérés dans plusieurs journaux russes, n’ont excité aucun démenti de la part du gouvernement russe. »

Léon Tolstoï.

Lettre aux Doukhobors du Canada (1899)

« Chers frères,
« Je vous envoie l’argent recueilli. Je crois qu’il serait bien de regarder cet argent, ainsi que les autres secours que vous recevez des hommes bons, et des frères qui travaillent, comme votre fortune commune, et de ne pas le partager individuellement, mais de donner plus à ceux qui ont plus besoin. Vos vieillards et vos amis vous aideront à cette répartition.
« J’ai appris que vous aviez supporté beaucoup de misères et que vous souffrez encore maintenant. Que Dieu vous aide à supporter les maux qui vous sont envoyés dans l’esprit chrétien de soumission à la volonté de Dieu, avec la douceur et la fraternité dans lesquelles vous avez vécu au Caucase, en montrant aux hommes l’exemple de la vie du Christ. Toutes les œuvres terrestres, les joies, les douleurs, la richesse, la pauvreté passent sans laisser de trace, seuls vos actes, bons ou mauvais, laissent la trace éternelle dans le monde, en aidant ou en empêchant à l’établissement du royaume de Dieu, et laissent aussi une trace dans notre âme, en l’approchant ou l’éloignant de Dieu.
Que Dieu vous sauve pour votre bonté.
Votre frère qui vous aime »

Léon Tolstoï

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Autres éclairages sur ce site :

[Repères]: Passage de relais : Tolstoï/Gandhi

[Repères] : christianisme et non violence

[Repères] : Anarchisme et mystique

[ Repères ]: le Manifeste anarchiste chrétien de 1903

et aussi

Anarchie+évangile, quelques jalons

ainsi que

Anarchie et Révélation d’Arès

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