anarchie pour l'évangile !

(billet d’âme) Passez-moi le désert

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Sentinelle, à quoi en est la nuit ?
Ésaïe 21:11, 12

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Sentinelle, à quoi en est la nuit ? – Isaïe, 21/11-12

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D’abord, il ne reste à peu près plus personne pour seulement, secrètement, silencieusement, souverainement – lire.
Parce qu’on n’est plus jamais seul, parce que l’intimité est fracassée, le bruit partout, la servitude tout équipée.
Ensuite, la tristesse a plus d’amour, d’élan même, sans dire sa grandeur lorsqu’elle approche la rive des toutes premières étoiles oubliées, que vos pauvres amours à l’étalage, vos sentiments soldés pour qu’un miroir brille, mais il ne s’agit que de vitrine, comme toujours.
La tristesse, oui, comme deux mains jointes, notre prière retrouvée, l’eau vive qu’on recueille, goutte à goutte, dans la suite précieuse de nos deuils ignorés. C’est là que l’homme sait : où il en est, l’éclipse qu’est sa vie, et cette énigme universelle :

sentinelle, où en est la nuit ?

Il n’y a plus de sentinelle, d’autres combats font rage, l’actualité a ses troupes partout, qui nous occupent, et font mentir tout ce qu’elles tuent.
Que dire de l’amitié, temple des cœurs, détruit par les marchands, les vendeurs d’âme que chacun porte en soi. Pour l’amitié, nous n’avons pas le temps, le stock est épuisé, il faut courir derrière les ombres, et cela coûte cher, cela prend une vie.
Et il n’y a plus de mort non plus, juste une vague peur, qu’on laisse se retirer, l’ennui est préférable, les vieux n’en sont plus, reste une effroyable éternité à l’agonie, en chaque seconde qui se meurt, derrière les geôles des regards égarés.
Et vous voudriez que j’achète vos promesses ? Et que je négocie ? Vous m’invitez à visiter vos rêves, qui n’en sont pas, mais vous ne savez pas, oui, cet océan sans fin de la tristesse fraternelle, cette terreur maternelle à quoi vous préférez n’importe quelle nouveauté : oui, je n’ai pas voulu l’abandonner, j’attends d’elle le signe, je saigne pour ses ailes, et je préfère sa plainte déchirée à la complaisance de vos désirs, depuis longtemps muets.

laurent lun

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(Un billet d’âme n’est pas plus que la transcription d’un état de l’âme à un passage de l’existence. Tout état est fécond… à condition de ne pas s’y arrêter. )

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2 Réponses

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  1. A quoi me sert de vivre si je dois à tout instant, juguler, contrôler, réguler mes pensées et naviguer de lundi en lundi sur l’étang croupi des obligations sociales inutiles.

    Je veux l’ouverture totale de mon esprit vers la voie nocturnes des étoiles, je veux perdre mes sens dans l’ivresse silencieuse d’un bonheur incorruptible, je veux ce monde auquel vous ne croyez pas, je veux ce que vous ne voyez pas, ce que vous ne ressentez pas, ce que vous n’entendez pas.

    Je veux le bruissement feutré des pas de la terre sur le parquet des sciences, je veux la chute et le pardon, je veux l’espérance et son train magique, je veux l’effort sans peine et la peine sans douleur.

    Je déroberai à la fatalité tout ce que je pourrai lui subtiliser, je volerai la joie si personne ne me l’offre, je prendrai avec l’invisible toutes les libertés et cela ne pèsera rien.

    J’ajouterai des ailes aux oiseaux et du ciel à la terre.
    Je modifierai d’un tour de l’âme l’essence de l’univers.
    Je me tiendrai sur le seuil des enfers, le regard tourné vers l’amour et l’esprit plongé dans les ténèbres.
    J’aurai la mort pour amie et la résurrection pour compagne.
    D’un pas je franchirai les siècles, je marcherai sur les lys des ans, sur les eaux du rêve.
    D’un geste je réveillerai la colombe d’argile, d’un autre j’endormirai le dragon de granit, dans sa tanière de fer.

    J’échangerai de la pluie contre du vent, du vent contre un bel été, un bel été contre une nouvelle trottinette et la trottinette contre une place dans le cœur de l’éternel.
    J’y inviterai tous mes amis et les amis des mes amis des amis des amis de leurs amis et plein d’autres encore.

    J’ouvrirai une fenêtre sur le grand esprit, je franchirai les murs de ma naissance.
    J’irai enjoué de l’en-deçà à l’au-delà, de Montparnasse à Pigalle, du Louvre à Genève en Amérique orientale.

    Je coudrai de nouveaux orgasmes sur les seins du soleil.

    J’arrangerai la crinière ébouriffée de mes lunettes et j’orchestrerai sur un mode inédit, une partition différente pour sanglots et violences.

    Je dévisagerai la mort dans le froid contact de son silence posé sur nos épaules.

    J’arracherai de nos peines la croute des souvenirs, je guérirai toute affliction et répandrai sur les armes le sourire moqueur des anges de la destruction.

    Je jouerai à jouer, je jouerai à gagner, je jouerai à vaincre et je jouerai à déjouer le mal de nos craintes durcies.

    J’ajouterai de la saveur au sel, des secondes numineuses aux minutes et je grefferai des âmes enfantines sur le cœur froid des financiers.

    Je me cacherai dans le feuillage des séraphins et coucherai avec leurs femmes sans rien redouter de leur ire.
    J’irai me blottir sous la crinière sauvage des nébuleuses, je boirai à la source de toutes sources et ivre de beauté, mon corps fatigué s’affalera sur l’asphalte brulant du désir.

    Vautré sur l’échelle des valeurs je réparerai l’échelle de Jacob.
    J’effacerai du front de Caïn la marque maudite et je m’endormirai, le baiser humide et chaud du ciel sur le mien.

    Tout cela je le ferais bien mais lundi je retourne bosser et brusquement tout s’éteint

    Si le salut provient des humbles, la fin provient des moyens.

    Laurent lautre

    laurent lautre

    5 septembre 2009 at 16:49

  2. Un autre texte splendide, dont les vérités courent libres, et quelle magnifique conclusion, qui donne immédiatement à réfléchir !

    Laurent l'un

    5 septembre 2009 at 21:15


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