anarchie pour l'évangile !

La division nationale

with one comment

Le débat sur l’identité nationale offre l’opportunité à chacun de rappeler que nous sommes tous citoyens du monde.

Le sujet de l’identité nationale revient fréquemment sur le tapis en période de crise.
On se replie sur soi, sur le groupe.
Qu’aurait fait l’Allemagne nazie sans références à l’identité nationale ?

Droit du sol droit du sang, ils sont bien appariés.
Tant de sang sur tant de sols!

Toute identification factice contient un conflit en germe.

L’identité nationale, entité abstraite, concept géopolitique nous est présentée comme un foyer auprès duquel les citoyens d’une nation transie viennent se réchauffer, se reconnaitre, découvrir leur appartenance commune à une région, une culture, un lieu, une histoire, des mythes et, avaliser par leur attitude, leur rattachement à une organisation sociale, économique, et étatique particulière.

Un biotope spécifique produit des variantes au sein d’une même espèce
Ceci s’applique également à l’homme me semble-t-il.

Un citron n’est pas un melon, pas plus qu’un navet n’est une courge.
Ils appartiennent pourtant tous au règne végétal.

L’état s’empare de particularismes ethniques et culturels pour rassembler, sous sa bannière, ce qu’il considère sien, ses troupes.

Il s’agit hélas bien de troupes, pour ne pas dire troupeau.
Cheptel humain qu’il comptabilise périodiquement depuis fort longtemps déjà.

L’identité nationale devient donc un repère pour celui qui n’a pas vraiment conscience de sa réelle identité, pour celui qui manque de repères intérieurs.
Je suis russe, turc, chinois, français, bulgare, ce que vous voulez mais cette identité nationale fait que je me sens italien, par exemple, avant de me sentir homme.

C’est évidemment bien pratique et arrange admirablement les maitres du monde.
La fibre patriotique vibre si fort parfois que l’homme en oublie sa nature.
Les gouvernements n’ont plus qu’à piocher dans cette réserve d’énergie et de bonne volonté que chacun est prêt a fournir afin de conserver son identité nationale, économique et sociale.

Je ne tue pas des hommes, je tue des allemands, des russes, des chinois, des hongrois, des colombiens, des américains, des pakistanais, des français, des algériens, des suisses, des australiens enfin, je tue des ennemis, ceux d’en face, de l’autre camp qui envahissent le mien, je défends mon pays.

Quant aux agresseurs, vu que ceux qu’ils agressent ne sont pas du même clan, peu leur importe.
On dénonce parfois la guerre civile comme fratricide.

Je ne vois pas en quoi le massacre entre gens de même nation diffère du massacre international si ce n’est par la taille.

Remarquez, en passant, comment du thème de l’identité nationale on transite, sans même s’en apercevoir, à celui du carnage entre nations.

Un peu comme si en parlant d’un arbre, on ne pouvait manquer d’évoquer ces fruits.
Cool, mourir pour la patrie, cool mourir pour l’argent des pillages légalisés, cool.

Je signale en passant que ce qui vaut pour l’identité nationale vaut également pour l’identité religieuse.

Si j’apprécie les différences de cultures, la variété des hommes et du monde comme autant de richesses je n’aime pas le concept d’identité nationale.

Toutes les actions tendant à renforcer ce phantasme sont rétrogrades et peuvent se révéler fort dangereuses à moyen terme.
Je n’ai d’autre identité que moi-même.
Nous sommes des enfants du ciel en ballade sur terre.

Ce ne sont jamais des hommes qui s’affrontent lors des conflits mais des intérêts, des idéologies, souvent par l’entremise de nations qui se déclarent officiellement la guerre invitant tous leurs ressortissants au joyeux massacre.

Obligation de tuer pour tous délivrée par l’état qui désigne les cibles.

Bien sur ces mêmes états oublient qu’ils on été foutrement incapables d’empêcher la confrontation militaire quand ils ne l’ont pas sciemment provoquée.
Vive l’économie de guerre !

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Ensuite, après le conflit, viennent les gloses.
C’est la conjoncture politique, la faute à tel traité, la faute à tout, la faute à rien ça fait de l’histoire, de la gloire et des cérémonies et hops c’est reparti pour un tour.

Tiens, j’y pense, on ose même parler de l’âme de la nation!

Certains nient l’existence de l’âme personnelle, la seule pourtant réelle, et on prête une âme à ce qui n’a pas d’existence véritable.
Marrant non ?

Pour que les intérêts, les idéologies et les nations existantes perdurent, il faut des citoyens dociles, prêts à se sacrifier pour elles.
Pour cela il importe que chacun perçoive clairement la nation nourricière.

Cette identité de substitution se voit renforcée par l’effet de masse.
On ne peut quand pas être si nombreux à se planter et a être aussi cons, non?
Je crains, hélas, que si!

Quoi de plus touchant que des compatriotes occidentaux qui se retrouvent au fond de l’inde, de la chine ou du Mozambique et qui se plaignent de la manière dont les indigènes ratent les frites ou la fondue savoyarde ?
Et les japonais, perdus sans leur groupe ?
Quoi de plus rassurant que de se retrouver entre-nous, au bar des alsaciens, à Chicago ?

Il est facile de plaquer, sur l’identité personnelle que l’on n’aura pas su trouver, une identité-masque.

Certains s’identifient à une nation (je suis belge une fois) d’autres à une passion (je suis joueur), d’autres à une religion (je suis athée), d’autres à leurs avoir (je suis riche) d’autres à leur profession, leur fonction.

Les enfants ne posent plus la question “il est gentil ton père?”
C’est plutôt “il fait quoi comme travail ton papa?”

Et il bosse dans quoi ce jeune homme que tu fréquentes?
Il est avocat au barreau de Paris.
De suite le père, j’en suis certain, se détend plus que s’il entendait “rien, il aime la poésie et les voyages.
Il se fout de l’argent papa, il se cherche et cherche dieu. »

Et que dire du fameux “je suis parqué deux rues plus loin ? »
Tu es devenu ta bagnole maintenant ?

Ceci pour illustrer la difficulté de se trouver.

Cela rejoint le connais-toi toi même gravé au frontispice du temple de Delphes.
Connais-toi toi-même et tu connaitras les dieux.

On mesure ainsi la taille de l’obstacle.
La quête intérieure de l’identité, pour beaucoup s’achève au début du chemin…

Au début du chemin, sur le square où tu hésites, où tu te poses la question de savoir qui tu es, tu as remarqué tout au fond plusieurs enseignes aux couleurs vives et flashantes.

Lassé de t’interroger vainement sur ta nature, tu te lèves et te diriges vers ces panneaux.


Et, ho surprise, des débits d’identité, plein de centre de distribution d’identité en plus il y a la queue, tu ne l’avais pas remarquée, tu ne voyais que les néons de loin.
Tu n’avais même pas remarqué la danse des drapeaux, ballet fantoche d’étoffes bigarrées claquant au vent des honneurs révolus.
Et ils sont légion.

Ha, tu as bien fait de bouger.
Tu te places en bout de file et là, tu engages fort aimablement la conversation.
Très vite on te rassure
Tu n’as plus de souci à te faire pour connaitre qui tu es.


Tu apprends que quantités d’identités sont disponibles, que c’est gratuit, que tu peux cumuler mais que tu dois de toute façon avoir une identité nationale unique, sans laquelle tu ne peux rien faire sur terre.
En plus, tu reçois une belle carte flambant neuve, infalsifiable grâce à l’ADN que tu as du fournir.

Ce que tu es, plus besoin de le chercher.
Tu es irakien ou espagnol, c’est écrit là, noir sur blanc sur le document qu’ils te délivrent.
En prime tu peux devenir supporter de ton équipe nationale.
Tu peux enfin te battre pour une cause, la tienne, celle de ton pays, celle de ses ambitions monétaires et politiques.

Pour les options tu n’as que l’embarras du choix.
Idéologie, religions, sectes, personnages célèbres, plan de carrière, tu peux t’identifier à tout ce qui n’est pas vraiment toi.

Ainsi tu es ressorti nanti de multiples identités, délivré enfin du souci de la tienne.
Tu as reçu une jolie carte qui prouve aux yeux de tous qui tu es.

On ne t’a pas signalé, dommage, qu’en revêtant ces faux habits, ta véritable nature disparaitrait à ta propre conscience, enfouie sous les multiples couches identitaires dont tu t’es revêtu et que tu confonds avec ta réalité.

Tu ne te trouveras qu’après avoir ôté, une à une, comme on épluche un oignon, toutes les peaux factices qui te recouvrent.
Toutes, jusqu’au vide, jusqu’à l’énergie.

Pour beaucoup, la mort seule se charge enfin de cette besogne.
C’est hélas un peu juste pour se découvrir…

Mieux vaut tard que jamais dit-on mais quand même.
Maintenant il faudra attendre et recommencer, comme à l’école lorsque l’on rate une classe ou un examen.

Tu confonds même manifestation caractérielle avec ce que tu es.

Tu dis je suis coléreux.
Je suis doux.
Je suis pingre.
Je suis mélancolique.
Je suis nerveux.
Je suis patient.
Tu n’es pas cela, tu expérimentes cela.

Tu peux te manifester coléreux et très calme, avare et généreux.
Tu découvres la gamme des émotions, des possibles dont chacun dispose.
Cela ne te particularise en rien.
Nous sommes tous cela aussi.

Tu dis je suis jeune, je suis vieux, je suis une femme dans la cinquantaine, un mec dans la trentaine.
Tu penses que lorsque tu étais bébé tu étais différent de ce que tu es maintenant.
Tu penses cela en fait car tu n’as jamais trouvé qui tu es.

Tu sais cependant qu’à travers les étapes de ton existence quelque chose au fond de toi demeure identique, inchangé.
Celui que tu es vraiment et que tu confonds avec les phases de ton développement.

Bien sur les manifestations de ton être et ton être sont plus qu’étroitement liés.
Les manifestations de l’être ne sont cependant pas l’être.

L’être débouche sur autre chose que toi-même.
Curieusement, lorsque tu atteins le fond de ta personne, tu débouches sur l’autre, sur le soi universel.

L’être débouche sur l’autre grâce au soi.

Tu n’es plus pris dans le jeu illusoire et chatoyant des identités d’emprunt.
Tu n’es plus le jeu du reflet que ton égo projette à l’intérieur de toi.
Reflet que tu confonds avec ce que tu penses être.

En supposant que l’on parvienne à se connaitre, on découvrira alors infiniment plus que soi-même.
Nous ne sommes pas toujours ce que nous supposons.
Nous sommes cependant beaucoup plus que ce que nous percevons.
Beaucoup plus que l’image que nous renvoie l’autre de notre existence.

Suis-je plusieurs lorsque nous sommes en groupe ?

Dans un groupe de quatre nous existons, au minimum de quatre manières différentes.
Nous existons de trois manières différentes chaque fois, à travers la perception qu’ont de nous les trois autres personnes présentes.
Pour l’un je suis sympa, pour l’autre idiot, pour le troisième manipulateur, pour ma part indifférent

Chacun se démultiplie dans le regard que les autres portent sur lui.
Un peu comme si une part de nous-mêmes s’échappait pour l’autre simplement parce que nos existences entrent en rapport.

Elle, il, son image vit toujours en moi.

Ainsi chacun possède, dans le rapport à autrui, de milliers d’identités.
J’ai plein d’amis sur facebook .
Sur facebook, je suis très nombreux, je suis des milliers, je suis légion dans la vie des autres qui sont légions dans la mienne

Nous sommes pourtant beaucoup moins que ce que nous supposons être lorsque nous acceptons, par commodité et paresse, d’endosser une identité bidon.

Un de mes amis aime à dire.

Il y a celui que je crois être.
Il y a celui que les autres perçoivent; différent de celui que je crois être puisque je suis perçu à travers eux.
Il y a celui que je cherche.
Il y a celui que je suis

Lorsque vers l’âge de treize ans je m’ennuyais ferme à l’école, je jouais à ce petit jeu.

Je suis Laurent lautre,
J’habite au 26, rue des sablons
Quartiers des alouettes
Zup Emile Zola
Avignon
Département du Vaucluse
Région Provence côte d’azur
Pays France
Continent Europe
Planète Terre
Système solaire
La Galaxie.
L’univers.
.
C’était là mon adresse.
En un instant je quittais la morosité des cours pour remonter tout le chemin que devait parcourir le facteur chargé de me remettre une lettre postée du fond de l’univers.

Mon adresse diffère aujourd’hui bien sur, mais pas complètement, la planète, par exemple, c’est toujours la même, bien que j’ai changé de rue.

Inidentifiablement votre

a


Written by Observatoire situationniste

16 novembre 2009 à 16:33

Une Réponse

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  1. Publié également sur LePost :

    « RomainDesbois :
    Pas grand chose à rajouter. Joli texte quasi exhaustif. »

    Laurent l'un

    16 novembre 2009 at 22:04


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