anarchie pour l'évangile !

« il nous reste à expérimenter un monde meilleur dans lequel le meilleur des rochers y réfléchirait à deux fois avant d’écraser le meilleur des hommes. »

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Haïti !

Je comprends l’indignation et la colère sans les partager pour autant.
Mon sentiment serait plutôt celui de la tristesse compassionnelle
Pourtant.
Nous sommes mortels.
Chaque jour, meurent en silence dix-sept mille cinq cents enfants et combien d’adultes, dans des situations dramatiques qui pourraient être évitées avec un rien de fraternité.
L’Italie repousse maintenant les bateaux de migrants en haute mer, ai-je entendu.
En dix jours, le temps que l’info du séisme circule et se maintienne sur les ondes, plus d’enfants auront péris de part le monde par défaut d’assistance sans que personne, pas plus toi que moi, ne s’en alarme.
Ils devraient déchirer le silence, hurler leur agonie, nous crever les tympans.
Ils n’en ont plus la force.

Bien sûr, nous sommes indignés, atterrés, consternés, bouleversés en considérant que quelques secondes suffisent à anéantir une ville, à causer deux cent mille morts, des dizaines de milliers de blessés et des centaines de milliers de sans-abri, totalement démunis.
Bien davantage encore d’affligés, de gens en peine, en deuil qui doivent cependant se relever.
Tiens ça me fait penser au mec qui dort dehors dans ma rue, sous un porche, le même depuis six ans.

Cela nous heurte et nous choque.
Cela nous choque et nous heurte surtout parce que nous nous sentons pleinement impuissants devant de tels cataclysmes.
Quoi, comment, autant de morts, de dégâts en si peu de temps et nous n’y sommes pour rien?
« Ha ce n’est pas juste, c’est pourri, dieu est un salaud, il nous pique notre boulot. »
Certes, sans doute.

Pourtant on bosse.
Les conflits larvés ou déclarés de part le monde, les kamikazes qui se font sauter dans la foule, la purification ethnique, les camps d’exterminations, Dresde, Stalingrad, Brest dont il ne reste rien, le chemin des dames, Verdun, Ypres, Arras, la révolution culturelle chinoise, Tora-Tora, Austerlitz, Waterloo, Nagasaki, les usines d’armement, c’est notre boulot, l’usage de notre liberté.

Sans doute est-il délicat de rappeler ainsi la responsabilité de l’homme dans de nombreux massacres à l’instant où il souffre terriblement sans pour autant cette fois être totalement à l’origine de ses tourments.
J’en prends le risque.

Nul besoin de tremblement de terre pour écraser la tête des bébés entre deux parpaings.
Les courageux combattants de la liberté s’en chargent aussi bien que ceux de l’ordre.
La semence de l’ennemi est l’ennemi.
Le nourrisson que tu laisses grandir vengera un jour sa famille.
Tel est le discours de la guerre.
Pas besoin de dieu pour envoyer des enfants, une clé en plastic autour du cou, déminer les zones où passeront les chars.

Sans doute nous n’apprécions guère ce genre d’orage brutal et soudain dans un ciel jusqu’alors d’apparence si limpide.
Et puis Dieu est censé être bon, que diable !
S’il se met à déconner lui aussi, où va-t-on ?
Que nous soyons à son image ok mais s’il devient semblable à nous alors là non.
Il faut bien une aspérité à laquelle se raccrocher.
Dieu est bon et il est prié de le rester.

Remarque qu’au début de la république et plus tard encore, Haïti n’a pas été vraiment très appréciée des nations de l’époque.
Pays de bamboulas adeptes du vaudou, première république nègre.
Attention danger.
Très mauvais exemple pour l’apartheid.

Je lisais précisément, lors de la catastrophe, le dernier James Ellroy, Underground usa,  qui se déroule entre Cuba, Miami, St Saint-Domingue et Haïti.
Avec la CIA, les tontons macoutes, la mafia, Nixon et la politique internationale américaine en toile de fond.
C’est pas triste crois-moi et je t’assure qu’en 1960 Hoover (directeur de la CIA) ou Howard Hugues (milliardaire raciste d’extrême droite) auraient plutôt dansé de joie et brulé des fagots de cierges en l’honneur du dieu blanc qui favorise les blancs, ravageant un pays gouverné par des noirs.

Les catastrophes naturelles ont ceci d’inadmissibles pour nous qu’elles sont précisément naturelles et impressionnent par leur violence et leur soudaineté les consciences bien plus que la misère endémique, pourtant épouvantablement plus prédatrice.
Sans aucune commune mesure avec les débordements de mère nature qui eux ont le mérite de ne pas durer.
Pour l’instant.

Ainsi que le rappelle le bel article Dieu sous les décombres, aucun dirigeant n’a eu soin de prendre le paramètre sismique en considération lors de la construction des immeubles.

On ne peut pas tout faire.
S’en foutre plein les fouilles et agir intelligemment pour le bien commun, il faut choisir.

L’époque semble dédiée à l’écroulement.
Économique, écologique, social.

Même le pape s’écroule.
Le jour de noël à St Pierre de Rome.
Certains y auraient vu comme un signe que je ne serais pas surpris.

Le christ n’a-t-il recommandé d’éviter de construire sur le sable ?
Je pense à la nouvelle tour de Dubaï.
Bientôt dépassée par une autre, plus belle, plus grande, plus couteuse.
Bah, à défaut de réparer ce qui est à portée de main, à défaut de s’occuper maintenant de l’urgence, investissons dans les nuages, toujours plus haut, toujours plus beau, toujours plus cher.
Toujours plus inutile et superflu.

Plus belle sera la chute.

Haïti, c’est Hiroshima, l’entraide internationale en moins.

Reconnaissons au moins, aux catastrophes naturelles le mérite de soulever une vague quasi mondiale de fraternité et de soutien.
Ce que ne produisent pas la guerre économique ou les conflits armées.
Bien sur le soufflé retombe vite.
On passe à autre chose.
Attentat en Iran, trois soldats tué ici, escroquerie là, meurtre crapuleux à gauche, match de foot en haut, décès d’une star, magouilles politiques, débats de société et c’est reparti pour un tour.
Des chiffres et des lettres.

Les rescapés de Katerina, du tremblement de terre voici quelques années en Afghanistan, ceux du tsunami et d’ailleurs en savent quelque chose.

La fraternité appliquée à l’échelle mondiale nous éviterait bien des ennuis.
Nous ne pouvons pas tout éviter.
Cependant entre l’éducation bienveillante, la prise en compte des paramètres vitaux, celle du nombre et celle des ressources planétaires il semble grand temps de commencer à chercher un équilibre.
Peut-être le trouverons-nous en réduisant les souffrances, en améliorant les conditions d’existence partout où cela est possible.
En respectant la terre et tout ce qui s’ébroue dessus.

Cela n’empêchera pas bien évidemment le meilleur des rochers d’écraser le meilleur des hommes dans le meilleur des mondes.
Quoiqu’il nous reste à expérimenter un monde meilleur dans lequel le meilleur des rochers y réfléchirait à deux fois avant d’écraser le meilleur des hommes.

Laurent lautre

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Written by O.S

4 février 2010 à 14:04

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