anarchie pour l'évangile !

Insatisfaction et soif d’absolu

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aAngel


De notre naissance à notre mort, nous sommes enfermés dans un Moi impénétrable et impénétré.

Nous avons beau essayer de nous livrer, il reste toujours quelque chose que nous ne communiquerons jamais, comme il reste aussi toujours quelque chose qui nous échappe chez autrui.

Dans la mesure ou dans toute communication subsiste une part d’incommunicable, nous pouvons éprouver un sentiment tenace d’une solitude à jamais permanente. Et conclure que l’autre demeurera pour moi et que je demeurerai pour lui, une sorte d’inconnu.

Pourquoi alors ne pas assumer vraiment notre solitude et ne considérer de vraiment réel que son destin personnel? La réalité du monde peut finir par se résumer à notre seule réalité. Et la finalité, à notre propre finalité. Nous sommes alors la seule réalité du monde et le seul dieu dans cet univers. La probabilité de son existence devient donc absurde.

Le sentiment de notre liberté peut nous donner davantage encore, l’impression d’être séparé des autres et nous conduire à un réel repli sur soi. Au point de nous convaincre de la réalité de notre solitude voire de sa nécessité pour rester vraiment libre.

Mais ce sentiment de solitude, de séparation et de liberté égocentriste, ne serait-il pas, au contraire, un effet de notre soif d’absolu, de notre désir d’une communication totale avec autrui ?

Quelle blessure, quelle expérience de notre conscience pourraient nous amener à éprouver cette soif et à souffrir de ne pouvoir l’assouvir? Qu’est ce qui nous pousse à cette folie de l’unité absolue ? Par quel mécanisme en arrivons nous à sentir le monde absurde sous prétexte que nous ne pouvons pas l’étreindre comme nous le souhaitons ?

Quelle expérience divine a pu nous transmettre une telle nostalgie d’amour ?

AYAM

Cet amour, ce goût de l’autre qui nous pousse sans cesse vers lui. L’autre, cet alter égo inaccessible qui ne cesse de me fasciner au point que je rêve de me perdre en lui, de me fondre en lui.

Notre vie ne serait-elle pas un compromis d’amour et de liberté ? Un balancement entre la sagesse d’aimer et la folie d’être libre ? Cette soif d’amour loin de nous conduire à considérer que nous sommes notre propre fin, nous amène au contraire vers ce Dieu où se focalisent notre quête d’amour et le désir de liberté absolue.

C’est cette unité improbable et paradoxale d’une humanité fraternelle et libre que nous cherchons. Et faute de la trouver, nous désespérons plutôt que d’essayer d’en construire les prémices.

Pat

a

a


Written by Observatoire situationniste

7 mars 2010 à 16:20

3 Réponses

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  1. J’ai écrit il y a quelques années un petit livre (non édité) dont le sujet fait écho à ton billet Pat.
    Ce petit livre était lui-même un écho à un petit livre de Stig Dagerman, jeune homme brillant, profondément libre et humain, anarchiste, solitaire (malgré la gloire éditoriale) et désespéré
    il se suicida « selon son temps », dans son garage fermé, dans sa voiture, dont il avait fermé les portières et laissé le moteur tourner.

    Ce jeune homme a donc écrit un texte bref, mais puissant, qui s’intitule :
    Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

    et voici donc le détournement que j’en avais fait, à la fois en hommage et en relais, talent mis à part (!) :
    notre soif de consolation a besoin d’impossible pour être rassasiée

    Bien Fraternellement !

    Laurent l'un

    7 mars 2010 at 16:35

  2. Salut Pat,

    Tu écris :
    insatisfaction et soif d’absolu.
    Dès notre naissance nous sommes enfermés dans un moi impénétrable et impénétré.
    Qu’est-ce qui nous pousse à cette folie de l’unité absolue?
    Un balancement entre la sagesse d’aimer et la folie d’être libre!
    Quelle expérience divine a pu nous transmettre une telle nostalgie d’amour?

    Insatisfaction et soif d’absolu.
    Les deux font la paire.
    Où se désaltérer et surtout, en admettant que l’on ait trouvé un quelconque point d’eau pour étancher sa soif, comment ne pas s’en éloigner?
    Comment éviter qu’il ne s’assèche?
    Comment éviter de le perdre en voulant le garder?
    Tout change tout le temps….
    Quelle difficile condition que la notre, à la fois si proche et si lointaine du ciel.
    Faudra-t-il patienter jusqu’à notre dernier souffle afin de retrouver cette harmonie perdue, cette unité brisée?

    Faut-il défoncer les portes du ciel à coup de vices, à coup de désespoir, à coup de folie, à coup d’espérances absurdes pour qu’enfin s’en entrouvrent les battants?

    Soif d’absolu!
    Pourquoi ce besoin, ancré en nous, de l’impossible, de l’inatteignable?

    Bah, on peut déjà considérer que cela nous occupe.
    Rechercher l’éternel n’est pas le pire des hobbies.
    On risque même d’en croiser des bouts en chemin.
    Ça fera toujours provision d’espérance.
    Un peu d’espérance à partager.

    Tu écris, Pat, que nous sommes enfermés dans un moi impénétrable et impénétré.
    Ne dit-on pas que l’éternel sonde les cœurs et les reins?
    Tu affirmes qu’aucune communication totale n’est véritablement possible.
    Vraiment?
    Peut-être est-ce de cela dont nous avons la nostalgie?
    La fusion, l’échange absolu, se perdre dans l’autre.
    Yin et yang, l’union des complémentaires, celle des contraires, des opposés, source probable de notre langueur.
    L’Éden perdu.

    Je refuse d’enfermer ma vie à l’intérieur de la conscience que j’ai d’elle.
    J’apprécie de connaître comme de ne pas connaître.
    Je fais de l’ignorance le repos, le complémentaire indispensable de la connaissance.
    Je les apprécie toutes deux, ne pouvant considérer l’une sans l’autre,
    Je vois dans le fait de ne jamais vraiment connaître, un mystère que je veux respecter.
    Je ressens le principe d’incertitude sous un aspect libérateur, joueur plutôt qu inquiétant.
    Un aspect fondateur de la création.
    Connaître sans connaître.
    Voir sans voir.

    Cela n’empêche que je puisse envisager la fusion totale entre deux êtres,
    Si je peux simplement la concevoir, c’est qu’elle existe.

    J’ai la chance de ne pas me sentir enfermé au fond de moi.
    De ne pas considérer que la vie est une prison dont on ne s’échappe que par la mort.
    Je reçois le miracle, le présent d’être et non la malédiction de vivre.

    Bien que l’on ressente souvent l’existence sous ses aspects rudes, dures, blessants , meurtriers,
    il faut pourtant guérir de cette tension entre l’absolu et nous.
    Guérir de cette blessure.

    Il faut s’en guérir.
    Il faut s’en guérir pour devenir efficaces!
    Sans omettre d’assurer le nécessaire coté social.
    Produire de quoi gagner son pain sans trop détruire.
    Élever ses enfants si l’on a des enfants, payer son loyer, la flotte, l’ électricité,le droit de marcher « libre » dans la rue, les fringues toutes ces sortes de choses qui nous écartent, nous éloignent momentanément de cette quête de l’ultime.

    Pourtant, à bien y regarder, plutôt que de subir un déchirement entre divers pôles, mieux vaut tenter d’intégrer un zeste d’absolu dans notre quotidien en relâchant la pression de nos exigences.
    Concrétiser le possible plutôt que de s’épuiser sur l’irréalisable.
    Accepter les taches de notre condition ordinaire avec la plénitude que leur confère les faits d’être vivant et de pouvoir les accomplir.

    Ainsi tu verras que nous sommes nombreux à partager cet humble et oh combien précieux lot.
    Peut-être te sentiras-tu moins seul.

    Tu écris «qu’est-ce qui nous pousse à cette folie de l’unité absolue?»
    Peut-être est-ce la folie la plus raisonnable que nous n’ayons jamais eue?
    Rechercher l’unité absolue!
    Rechercher sous l’apparente diversité la présence de l’un.
    Découvrir l’unité qui se manifeste en tant que contraire, opposée, inverse adverse , dans notre chair et celle du cosmos.

    Cela signifie, en perspective christique, que tout contribue à l’avènement de la paix et de la lumière.
    En pratique cela implique désarmement mondial et résorption de la misère.
    Clairvoyance et fraternité,
    C’est en définitive ce que l’éternel désire pour l’homme.
    Le refuserions-nous?
    Préférerions-nous notre orgueil et nos murs?

    Nous apprenons du bien comme du mal.
    Lorsque nous saisirons l’unité alors nous ne pourrons plus considérer le mal sous le même aspect.
    Aussi terrible et cruel fut-il.

    Simplement plus instruits, nous ne le produirons plus..
    Ainsi rejoindrons-nous l’unité.
    Plus facile à écrire qu’à réaliser.

    Tu écris «un balancement entre la sagesse d’aimer et la folie d’être libre»
    Aimer n’est-ce pas déjà folie?
    Comment aimer à demi?
    Aimer totalement c’est aimer au-delà de soi, au dehors de soi.
    Ton âme quitte ton corps.
    Tu ne t’appartiens plus que pour te donner pleinement à celui où celle qui, parfois, te brise et emporte au loin les derniers lambeaux de ton existence.
    Ainsi, détruit, tu dois te reconstruire.
    N’est-ce pas folie que d’aimer?

    Mais n’est-ce pas plus terrible folie que de vivre sans aimer?

    L’amour contient le christ, le phénix, celui qui te relève du néant.
    Qu’à force d’aimer fatalement tu rencontres.
    L’amour relie le ciel, la terre et la résurrection.

    Celui qui voudra garder sa vie la perdra mais celui qui perdra sa vie pour moi la retrouvera.
    Fort heureusement il semblerait que de nos jours, il s’agisse plus de retrouver que de perdre!

    Mais franchement, le mec qui a dit ça, ou il est totalement génial et au-delà ;en relation directe avec le créateur, véritablement ressuscité et donc parole de l’éternel en sa bouche ou alors, il est complètement à la masse,
    Et ce sont nos vies, qu’il nous invite à donner aussi simplement que cela.
    Notre vie, la seule que nous ayons peut-être.
    La seule que nous n’aurons jamais qui sait?

    Sa proposition mérite que l’on y regarde à deux fois.

    S’il est vraiment le christ alors, aucun problèmes, c’est la fête!
    Nous nous retrouverons tous et ressusciterons tous avec lui, en lui et comprendrons enfin, verrons, de notre vivant, un jour, le miracle de la résurrection, celui du royaume.
    Chic alors!

    Si le mec est à la masse, on se ramasse.
    Remarque, s’il est vraiment le christ, on se ramasse aussi car notre société ne suit pas vraiment les évangiles à la lettre.

    Le capital à outrance, la course aux armements,, la misère, les libertés bafouées, le pillage.
    Pas très petit jésus tout ce bordel.
    Mmm je pense que si le christ revenait, on serait pas si bien lotis que ça.
    Sans compter le prix exorbitant d’un désarmement mondial.
    La guerre est sans doute moins chère et permet au vieux capitalisme moribond de remettre ses machineries grippées en route.

    Bien évidemment, si le christ est vraiment le christ, tout ce qu’il ne soutient pas s’écroulera.
    De soi-même, sans qu’aucune force n’intervienne.
    Seule l’absence d’amour fera que la part du monde construite sur la contrainte, la domination, la misère et le sang, disparaitra.

    Sans violence, par simple éveil des consciences.
    Évolution naturelle.
    Sans le ciment de l’amour, aucune construction aussi élaborée soit-elle ne peut défier les siècles,

    « Only time will tell you if I’m right or if I’m wrong » aurait pu chanter le christ avec les beatles.
    We can work it out!

    Le temps ne semble pas l’avoir encore enterré ni recouvert d’un linceul de silence et d’oubli.
    Remarque, cela ne fait que deux mille ans, ce n’est somme toute pas très long.
    Néanmoins cela dure.
    Périodiquement viennent se joindre à la légende ou à la réalité du christ ressuscité des épisodes troublants, des ingérences dans la chair du monde qui régénèrent, actualisent, revitalisent le message.

    L’authentifiant en le réinscrivant dans le présent.

    Si ce mec est ressuscité donc à jamais vivant, il nous accompagne jusqu’à la fin des temps.
    Mais de quels temps?

    A supposer que l’hypothèse de la résurrection se confirme, ceux qui ont donné leur vie dans un esprit d’amour la retrouveront.
    Réjouissons-nous, rien ne prouve qu’elle soit fausse!

    De retrouver le christ et de nous reconnaître en lui forment une expérience personnelle très intime et difficilement explicite.

    Ce n’est qu’après de très nombreuses reconnaissances partielles que le voile, alourdit par le nombre, tombera.
    Que nos yeux découvrirons et le christ et le royaume.
    Celui de la terre comme de celui du ciel.
    Le soleil qui sommeille en nous.

    Quand à la liberté, elle est le socle sur lequel doit reposer toute action.
    L’éternel n’a que faire de pantins!
    Nous ne sommes pas des marionnettes entre les doigts d’un destin aveugle mais bien des partenaires, des acteurs libres et partiellement conscients.

    A nous d’utiliser cette conscience pour augmenter la part de lucidité en nous.
    Ainsi, au plus chacun abritera de bienveillance et de paix, au plus l’humanité en contiendra.

    Un jour nous atteindrons un seuil critique et nous basculerons vers l’autre, vers l’amour et la connaissance.
    C’est la seule révolution possible, en silence, sans nom, sans groupements mais qui se répand, invisible,
    Elle embrasera la terre de sa douceur.

    Notre liberté s’est exercée dans toutes les directions.
    Dieu est mort avons-nous proclamé pour savourer jusqu’aux tréfonds de l’ivresse, jusqu’à tomber raides, les licences les plus folles et les plus carnassières.
    Avec les dégâts que l’on sait !
    Pourtant le libre-arbitre nous est indispensable.
    La liberté ne fonctionne cependant pas bien sans conscience et pas n’importe quelle conscience !

    La liberté ne peut s’exercer que dans l’amour.
    D’en avoir gouté les excès était nécessaire.
    Il faut bien apprendre.
    De remettre le balancier en position d’équilibre, voilà qui devrait nous permettre de jouir d’une liberté totale et sans pourtant nuire.

    Aucune liberté ne s’exerce à l’encontre d’autrui.

    Nous avons éprouvé et éprouvons encore le joug de multiples pouvoirs insidieux et trompeurs.

    Chaque libération est le fruit d’une recherche, d’une nécessité, d’une soif de liberté.
    Qui cherche trouve dit-on !
    Demandez et il vous sera donné disait l’autre.

    Je pense que c’est, quelque part, aussi simple que ça.

    Liberté, terreau sur lequel germe l’esprit.

    La liberté tant chérie dépend essentiellement du degré de conscience que nous sommes capables d’intégrer et de vivre.

    Quelle expérience divine a pu nous transmettre une telle nostalgie d’amour ?
    Celle de l’amour peut-être car l’amour est précisément une expérience divine.

    Merci Pat, pour ce bel article auquel, je n’ai que partiellement répondu.

    Laurent lautre

    laurent lautre

    21 mars 2010 at 21:12

  3. Il n’y avait rien à répondre, Laurent. Seulement faire percuter tes mots avec les miens pour qu’ils finissent dans ce chant en forme de duo.
    J’ai lu tes mots comme j’aurais lu une partition moi qui ne connais rien de l’art musical. Mais à mesure que je te lisais, je sentais le chant monter.

    Débordé par d’autres tâches je ne savais pas que m’attendais ce long poème, depuis déjà quelques jours.
    Merci pour ce bonheur de ce soir.

    pat

    23 mars 2010 at 22:07


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